Chronique du chantier de fouille de La Motte à Bobigny

Chronique du chantier de fouille de La Motte à Bobigny

14 juin 2020 , par Caroline Hoerni

L’actualité des fouilles

Canicule sur le chantier

Jeudi 6 août - Après la pause de midi, les archéologues reviennent sur le terrain chauffé à blanc.

  • Retour sur le chantier après la pause : Antonio
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Retour sur le chantier après la pause : Adonis et Ivan
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Les abeilles s’activent en quête d’eau car les fouilleurs ont ponctuellement arrosé le sol, pour ameublir la terre et mieux repérer les structures. Adonis et Antonio installent la "tonnelle" et le parasol au-dessus de la partie de voirie qu’ils vont fouiller, pour se protéger du soleil.

  • Retour sur le chantier après la pause de midi : chacun organise sa zone de fouille
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Antonio et Adonis installent leur tonnelle
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Adonis plante le parasol... mais pas pour un bain de soleil !
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Adonis et Antonio fouillent à la truelle, à la balayette et au pinceau : en effet, ils dégagent minutieusement les cailloux constituant la voirie romaine, tandis qu’Ivan attaque le sol à la pioche, il faut décaisser, même s’il fait très chaud...

  • Antonio : truelle et balayette
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • La balayette pour nettoyer les cailloux
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Adonis : truelle et pinceau
  • Truelle, pinceau, "rasette"
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
Ivan : pioche et pelle
Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Du bon usage de la pelle en archéologie

Dans la cabine du pelleur
Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Jeudi 30 juillet - Il fait déjà chaud sur le chantier de fouille de La Motte. Pour le lendemain, 39°C prévus sur la région parisienne : l’équipe organise le travail dès 6h30 pour arrêter en milieu de journée et éviter la grosse chaleur.
Profitons-en pour parler « pelle ». Non pas de la bonne vieille pelle que l’on trouve un peu partout avec sa copine la pioche, mais de la pelle mécanique, cet engin du BTP qui a progressivement investit les chantiers archéologiques depuis les années 70-80. Le recours à la pelleteuse se développe en effet avec l’archéologie préventive? – que l’on nomme archéologie de sauvetage jusqu’en 2001, date à laquelle la loi sur l’archéologie préventive est promulguée. Désormais, tous les travaux d’aménagement et d’infrastructure doivent intégrer, en amont, la détection et la protection des vestiges archéologiques. Quel immense progrès pour la connaissance du patrimoine archéologique !
Néanmoins, les archéologues ne peuvent s’attarder sur le terrain : il faut aller vite pour permettre aux aménageurs de prendre la suite pour bâtir divers aménagements privés ou publics : immeubles de bureaux ou habitations, collèges et hôpitaux, parkings, centres commerciaux, gymnases, routes, voies ferrées… S’ils devaient tout fouiller manuellement, munis de leur truelle, et du fameux trio pelle-pioche-brouette, les archéologues ne pourraient explorer que de minuscules parcelles de tous ces terrains. Ce sont donc les conducteurs d’engins qui prennent la relève : ils ouvrent les tranchées de diagnostic, roulant à reculons et grattant très doucement le sol fragile, enlevant quelques centimètres de terre, passe après passe, sous la surveillance d’ un archéologue, qui, à raz de terre, guette tout vestige qui surgirait sous le godet de la pelle – un cailloux, un os, un tesson… on ne sait jamais ce qui va apparaître.
C’est aussi la pelle qui rebouche les tranchées, puisqu’il faut la plupart du temps rendre le terrain en bon état à l’aménageur.
C’est encore la pelle qui décape le terrain avant de fouiller : les premiers centimètres de terre actuelle n’ont généralement pas d’intérêt et sont impitoyablement évacués, formant d’énormes tas de terre qui jalonnent le terrain. Souvent, il faut charrier ces tas de terre d’un bout à l’autre du site, pour aller fouiller dessous - du travail pour la pelle !
Lorsque la densité de structures est faible, la pelle permet de fouiller rapidement de grandes étendues ; parfois aussi, le temps presse et ce sont les structures mêmes (fosses, puits…) qu’il faut fouiller à la pelle. On choisi alors généralement une mini-pelle plutôt qu’un gros engin. C’est la fouille mécanisée, par opposition à la fouille manuelle traditionnelle (truelle, pelle-pioche….)
Bref, le « pelleur » décape, sonde, fouille, déplace les déblais, rebouche les tranchées. C’est un intervenant dont on parle peu, pourtant, sans lui, aujourd’hui, pas d’archéologie ! Aussi, je vous proposerai prochainement un portrait du conducteur d’engin qui opérait ces dernières semaine sur le site : Anthime, 24 ans, un tout jeune homme passionné de conduite, qui ramassait les carottes à 17 ans et signait aujourd’hui son CDI de conducteur d’engin, réalisant ainsi son rêve de petit garçon.

  • Le godet passe à plat...
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • ... au bout d’un bras de 5 à 6 mètres
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Le puits

Il y a trois semaines, les archéologues ont mis au jour un puits, qui sera, dès lundi prochain, fouillé à la pelle mécanique – autrement dit, détruit, rapidement.
Pas de panique, tout est normal.
L’archéologie est une discipline scientifique qui étudie les traces matérielles laissées par les humains. L’un des moyens de l’investigation, c’est la fouille, qui consiste en fait à détruire, de manière systématique, raisonnée et documentée, ces traces. En effet, pour comprendre comment a été construite une structure?, il faut la démonter ; et pour savoir ce qu’il y a sous cette structure – des vestiges antérieurs – il faut également la démonter ! Cela semble brutal, ou étonnant ? Gardons à l’esprit que, le plus souvent, aujourd’hui, les fouilles ont lieu avant qu’un terrain ne soit aménagé (c’est l’archéologie préventive). Les vestiges seraient donc détruits, mais sans même avoir été étudiés, si les archéologues n’intervenaient pas : ces fouilles permettent de collecter des données scientifiques et de contribuer à l’accroissement de la connaissance de l’histoire des territoires.
Après avoir été partiellement fouillé manuellement, le puits sera, dès lundi, fouillé à la pelle mécanique. En effet, sur les chantiers de fouilles préventives, il est important d’aller vite car il faut respecter des délais parfois très courts, afin de « rendre », comme on dit, le terrain à l’aménageur. Une fois que la structure a été bien reconnue, relevée (Nicolas, le dessinateur du bureau, est passé effectuer des dessins de diverses structures hier et aujourd’hui), la pelle peut entrer en action. Il ne s’agira pas de tout démolir, bien entendu : le conducteur d’engin travaille minutieusement et avec un archéologue, de manière à ce que la destruction du puits soit raisonnée et que tout élément remarquable soit aussitôt repéré. C’est une technique de fouille qui exige beaucoup de concentration et de précision. Un jour prochain, je vous emmènerai découvrir le travail incroyable du « pelleur ». En attendant, profitez de ces dernières photographies du puits.

Un puits découvert au nord-est du "grand bâtiment"
Les archéologues ne comprennent pas encore comment s’organise cette structure? ? : on repère aisément le tube du puits maçonné, mais à quoi correspond le cercle de pierres extérieur ? s’agit-il de la même structure ou d’un aménagement différent, plus tardif ? Pour le savoir, il faut enlever le très gros bloc que l’on voit au centre de la photo.
Photo © Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Enlèvement des blocs
    Ivan et Fabien retirent les blocs, sous l’œil attentif de Pascal. Le métier d’archéologue est un métier très physique : que l’on soit homme, femme, petit, grand, on pioche, on pellete, on brouette !
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Enlèvement des blocs
    Il n’y a plus qu’à évacuer les blocs, dont la taille est assez impressionnante ! Pas besoin d’être costaud, c’est la brouette qui porte. Cependant, je vous assure que les premiers jours, on est généralement perclus de courbatures !
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Le puits est désormais "lisible" !
    Une fois enlevés, les gros blocs permettent aux archéologues de comprendre l’aménagement de cette structure? ?. Le cercle de pierres extérieur correspond à la margelle du puits, partiellement effondrée.
    Photo © Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
Coupe du puits
Non, ce n’est pas un donut, même si ça y ressemble drôlement ! La partie supérieure du puits a été fouillée manuellement. Les pierres ont été soigneusement dégagées, nettoyées et une coupe par moitié a été pratiquée afin de comprendre le mode constructif, et de relever le plan de la structure? ?.
Photo © Fabien Normand / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
Le tube du puits
Une dernière photographie : le tube du puits, soigneusement maçonné. Le puits va désormais être fouillé à la pelle mécanique, ce qui permettra d’aller plus vite, et de descendre plus profondément (la profondeur de fouille est limitée pour les humains).
Photo © Fabien Normand / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Les vendredis du chantier

Visite du chantier le 3 juillet, en vue de préserver la voie romaine
Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Le vendredi est un jour un peu particulier sur le chantier.
"Évidemment, me direz-vous : c’est la veille du week-end !" En effet, c’est le jour du bouclage : il faut nettoyer les communs, une mesure d’hygiène mise en place dans le cadre de la crise sanitaire que nous traversons : chaque vendredi après-midi, à tour de rôle, l’un des archéologues s’en charge.
Les deux derniers vendredis ont cependant été des jours très particuliers : le 3 juillet, le service régional d’archéologie (Ministère de la culture) et la direction des bâtiments et de la logistique (Conseil Départemental) sont passés sur le site pour discuter d’une éventuelle conservation de la voirie romaine découverte lors des fouilles. Bonne nouvelle : il est envisagé d’en préserver une belle partie et de la valoriser dans le futur équipement sportif handisport qui sera aménagé ici.
Le 10 juillet, le président du conseil départemental, M. Stéphane Troussel, est venu visiter le chantier. En effet, un déjeuner était organisé dans l’enceinte du stade de La Motte pour remercier les agent.e.s volontaires ayant participé à la plateforme d’appels mise en place durant le confinement pour prendre des nouvelles des personnes isolées (deux agents de notre bureau y ont d’ailleurs participé).

Les petits "trésors" du quotidien

Au cours des derniers jours, les archéologues ont fouillé activement, notamment, la zone située au nord du carrefour : le grand bâtiment et ses abords. Cet espace est une zone d’habitat : on y trouve donc de nombreuses structures mais aussi de nombreux mobiliers? qui témoignent de la vie domestique et quotidienne des habitants. Les archéologues ont notamment dégagé le "cellier" (la "structure excavée non identifiée" découverte sous le grand bâtiment), mis au jour un puits, un squelette gaulois, ainsi que de menus objets qu’utilisaient les hommes et les femmes qui vivaient là, il y a 2000 ans : une petite bouteille, une pierre à aiguiser, une bague, une épingle à cheveux... Autant de petits "trésors", qui n’ont de valeur que scientifique et humaine : on voit qu’ils ne sont pas si différents des objets de notre quotidien ! N’est-il pas émouvant de comprendre à quel point nous sommes si loin, et pourtant si proches, des gens qui habitaient Bobigny dans l’Antiquité ?

  • La zone en cours de fouille, le 25 juin
    Au premier plan, on voit l’angle du grand bâtiment, dont le mur nord est parallèle à la voie empierrée qui figure au troisième plan.
    Photo © Emmanuelle Jacquot / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis
  • Petite bague ouverte, réglable
    Photo © Fabien Normand / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis
  • Epingle à cheveux en os
    Photo © Fabien Normand / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis
Culot d’une petite bouteille brisée, intérieur
Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis
Culot d’une petite bouteille brisée, extérieur
Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis
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Pierre à affûter pour les couteaux, les outils agricoles...
Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis

Le grand bâtiment

Au nord de la voie, au niveau du carrefour, un grand bâtiment a été identifié dès le début du mois de mars. Après l’interruption des fouilles lors du confinement, il est actuellement en cours de dégagement. Contrairement au « bâtiment en gypse », le « grand bâtiment » possède une assise de pierres posée sur des solins? qui ont disparu, qui étaient vraisemblablement en bois (pour le moment, cette interprétation est une hypothèse de travail). Il révèle aussi bien des surprises : un dépôt d’objet en fer, une « structure excavée » encore non identifiée… gageons que les archéologues feront dans les semaines à venir de passionnantes découvertes ! A suivre !

Une structure? excavée dans le grand bâtiment
Le 17 juin, on commence à dégager une structure? ? excavée : un creusement aménagé sous le bâtiment, que les archéologues vont explorer dans les prochains jours. S’agit-il d’une pièce en sous-sol, de type cellier ? il est encore trop tôt pour conclure !
Photo @ Fabien Normand / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
Dépôt d’objets en fer
Le 11 juin, les archéologues ont trouvé un dépôt d’objets en fer : rien de précieux, mais le fait que des objets disparates soit regroupés dans une petite fosse a sans doute un sens - du moins pour la personne qui les a déposés. On reconnaît une sorte de pince : ce sont des forces, des ciseaux permettant de tondre les moutons ; on voit aussi un grand "bâton", que l’on nommera "objet à douille" (et s’il s’agissait d’une pointe de lance ?... mais que cela reste entre nous : rien n’est certain car l’objet n’a pas encore été étudié !)
Photo © Alexandre Michel / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis
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Fouille des solins? en pierre
Sous les solins? ? en pierre apparaissent des tranchées de fondation avec des traces de poteaux, vraisemblablement des troncs et des demi-troncs. Adonis Jeannès fouille chaque trou de poteau.
Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Relevés des structures
    Nicolas Latsanopoulos, le dessinateur de l’équipe, est passé effectué les relevés de chantier. Il prend, au mètre et au fil à plomb, les mesures précises de chaque structure? ? - ici les murs du "grand bâtiment" - afin de les placer précisément sur le plan de la fouille.
    Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Mur longitudinal
    Vue du mur longitudinal, dans la perspective du chantier, le 16 mars 2020.
    Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Restitution du mur
    Structure? ? du mur : sur une assise de bois, disparue, est posée une assise de pierres ; au-dessus, le mur est monté en torchis ou en terre crue. Le mur en terre s’est affaissé, ainsi que le soubassement? ? en pierre ; l’assise en bois a disparu.
    Dessin @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Fin de la journée de chantier

Fin de la journée de chantier
Le 18 juin, dans les vestiaires.
Les archéologues se changent en deux étapes : dans un premier sas, ils ôtent leurs chaussures et leur combinaison ; puis, dans une seconde salle, ils enlèvent leurs vêtements de chantier pour revêtir leur tenue de ville avant de rentrer chez eux. Au premier plan à gauche, Antonio Da Silva, Pascal Mary ; en face, Ivan Lafarge.
Photo © Emmanuelle Jacquot / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis

Flash-back : une semelle cloutée gallo-romaine

En février dernier, les archéologues ont fait une découverte très touchante au bord de la voie : les restes d’une semelle de chaussure gallo-romaine. Il n’en subsiste que les clous qui se sont oxydés, tandis que la semelle proprement dite a disparu : elle était en cuir, en bois, ou en liège. En se corrodant, les clous ont pris tout l’espace de la semelle et en ont gardé l’empreinte. A votre avis, s’agit-il d’un pied droit ou d’un pied gauche ? C’est un grand débat dans l’équipe... car on ne sait pas si la semelle est à l’endroit (auquel cas il s’agit d’un pied droit) ou à l’envers (pied gauche) : les clous sont tellement oxydés qu’on ne peut savoir où est la pointe, où est la tête !
Le prélèvement de ce type de vestiges est très délicat : les clous oxydés ne constituent qu’une couche mince, friable : les photographies prises au labo montrent bien cette fragilité du sédiment...
D’autres vestiges de chaussures gallo-romaines ont été trouvés en Seine-Saint-Denis (et ailleurs), à Tremblay-en-France, mais en contexte funéraire : parfois, les défunts - hommes et femmes - étaient enterrés avec des chaussures. Si vous voulez tout savoir sur ce sujet, c’est par ici !

  • Semelle cloutée gallo-romaine, sur le terrain - 1
    Photo © Alexandre Michel / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis
  • Semelle cloutée gallo-romaine, sur le terrain - 2
    Photo © Alexandre Michel / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis
  • Semelle cloutée gallo-romaine, au laboratoire - 1
    Photo © Pauline Susini-Colin / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis
  • Semelle cloutée gallo-romaine, au laboratoire - 2
    Photo © Pauline Susini-Colin / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis
  • Semelle cloutée gallo-romaine, au laboratoire - 3
    Photo © Pauline Susini-Colin / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis

Pendant ce temps, à la base départementale d’archéologie

Rangement des petits mobiliers?
Le 18 juin, à la base départementale d’archéologie, à Epinay-sur-Seine. Pauline Susini-Collin assure la partie "labo" de la fouille : elle pèse et ré-étiquette les petits objets avant de les ranger.
Photo © Patrick Morvan / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis

A la base d’archéologie de département, à Epinay-sur-Seine, il faut nettoyer, trier, peser, étiqueter et ranger le mobilier découvert sur le terrain. Ces opérations, longues et minutieuses, représentent une grande partie du travail des archéologues. De nombreuses caisses de mobiliers très divers ainsi que des prélèvements de sédiments sont ainsi conservés dans les locaux. Beaucoup de ces vestiges peuvent paraître insignifiants, parce qu’ils sont souvent fragmentaires, corrodés… Certes, ils n’ont aucune valeur marchande, ni artistique, mais tous ont un réel potentiel informatif – autrement dit, ils ont une valeur scientifique. Chaque petit vestige fournira des informations sur la vie quotidienne des habitants et leurs activités. Ces mobiliers seront plus tard étudiés par des spécialistes - anthropologue, céramologue, archéozoologue etc. Les prélèvements seront envoyés pour analyses, par exemple des datations ou l’examen des concrétions métalliques. Certains objets remarquables seront également restaurés. Ces études précises permettront de caractériser le site, c’est-à-dire d’émettre des hypothèses solidement argumentées quant la nature des installations (habitat ? quartier artisanal ?...) et à sa chronologie. Tant que la phase de terrain n’est pas terminée, que les données recueillies sur le terrain et les mobiliers mis au jour n’ont pas été étudiés, les archéologues ne proposent aucune conclusion : une nouvelle découverte en cours de fouille peut tout remettre en question du jour au lendemain !

  • Entreposage des mobiliers? du chantier
    De nombreuses caisses de mobiliers? ? très divers, ainsi que des prélèvements de sédiments, sont conservées dans les locaux.
  • Petits mobiliers? métalliques
    Photo © Pauline Susini-Collin / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis
  • Monnaie en alliage cuivreux
    Photo © Pauline Susini-Collin / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis

Quand on sort le film alimentaire...

  • Avant la photo-mystère
    Le 15 juin, le soleil est revenu.
    Pascal Mary s’apprête à effectuer une opération un peu spéciale.
    Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Photo mystère - 1
    L’archéologue a dégainé son rouleau de film alimentaire. Bizarre, bizarre ?!
    Pascal Mary nous accorde une jolie photo-mystère...
    Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Photo mystère - 2
    Et voilà le travail ! Un "cocon" bien hermétique, qui protège la fragile sole d’un four qu’il a dégagé un peu plus tôt.
    Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Fouille d’un four
    Dégagement d’un four, près du "bâtiment en gypse".
    Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

La pelle est arrivée !

Décapage à la pelle mécanique
Le 16 juin, la pelle mécanique est de nouveau à pied d’œuvre sur le chantier. Alexandre Michel, responsable de l’opération, surveille le décapage pour repérer tout indice archéologique. A l’arrière-plan, sur la gauche, un gros bâtiment marron : c’est l’unité de radiographie de l’hôpital Avicenne, sous lequel a été découvert il y a 15 ans une vaste nécropole gauloise.
Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Après la pluie

Les conditions météorologiques sont souvent dures en fouille et les archéologues n’interrompent le travail qu’en cas d’impossibilité majeure, notamment en cas d’orage ou de forte pluie continue. Mais qu’il neige, qu’il vente ou qu’il pleuve gentiment, par temps de canicule ou de froid intense, ils continuent de fouiller, malgré le sol parfois gelé, boueux. En effet, les opérations d’archéologie préventives sont contraignantes en terme de délais, puisqu’il faut libérer le terrain rapidement afin de que l’aménageur puisse réaliser son projet de construction. A La Motte par exemple, il s’agit d’une fouille préalable à l’aménagement d’un pôle handisport.

  • Vue générale du chantier
    Le 15 juin, après la pluie. Le responsable de l’opération s’entretient avec un agent du stade de la Motte, derrière eux se détache la tour de l’Illustration. Les bâches protègent les structures de l’inondation.
    Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Sous la tente
    Le 11 juin, Pascal Mary effectue des relevés de terrain, c’est-à-dire des dessins des coupes et des structures mises au jour. Cette tente est dressée pour abriter les archéologues de la pluie ou du soleil (ils disposent aussi de parasols).
    Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Reprise des fouilles

Reprise du chantier
Le 19 mai, après avoir préparé les outils, les locaux etc., les archéologues ont pu reprendre la fouille, en respectant des consignes sanitaires strictes.
Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Sur le site gaulois et gallo-romain du stade départemental de La Motte, les fouilles ont repris rapidement après le confinement. Les archéologues étaient sur le terrain dès le 18 mai. En raison d’une météo clémente, la conservation des vestiges ne s’est quasiment pas détériorée pendant les deux mois de confinement sanitaire. Malgré des conditions de travail plus contraignantes, mesures sanitaires exceptionnelles obligent, les fouilleurs continuent de dégager chaque jour de nouveaux vestiges. Le terrain est vaste, et les archéologues peuvent généralement travailler éloignés les uns des autres ; lors des pauses qu’ils prennent en décalé, à tour de rôle, et lors des repas, ils respectent la distanciation physique. Ils disposent de leurs propres outils individuels et veillent à une hygiène scrupuleuse des mains.

Pour en savoir davantage sur la fouille de ce site et visionner les films timelaps des années précédentes, c’est par ici !

Un fossé gaulois réutilisé à l’époque romaine

Les archéologues ont repéré une structure particulièrement intéressante, qui montre comment des aménagements anciens peuvent être réutilisés des siècles plus tard. Une structure de combustion - autrement dit un four - a été repérée dans la "couche" antique. En le fouillant, il s’est avéré que ce four était utilisé pour des activités métallurgiques (de nombreux débris de métal chauffé ont été retrouvés à proximité). Il a été installé à l’époque gallo-romaine dans une dépression du sol... dépression naturellement causée par le tassement de la terre remplissant un fossé beaucoup plus ancien, qui n’était plus visible à cette époque. Ce fossé de drainage originel avait été aménagé durant la période laténienne.

  • Découverte d’un four métallurgique antique
    Le 9 juin, les archéologues commencent à fouiller une structure? ? de combustion - un four ; on remarque la terre charbonneuse sur la photographie. Il se trouve dans le niveau antique, d’époque gallo-romaine, et a servi pour des activités de métallurgie.
    Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Le four antique devient un fossé gaulois - 1
    Le 10 juin, durant la pause, Ivan Lafarge vient examiner le fond de la structure? ?. En creusant, les archéologues se sont aperçu que le four antique avait été installé au-dessus d’un fossé gaulois bien plus ancien. A ce jour, le four et le fossé n’ont pas été fouillés intégralement : il s’agit d’un sondage, c’est-à-dire d’une fouille partielle de la structure. Les datations ne sont donc pas encore très précises, faute d’avoir trouvé du mobilier significatif.
    Photo @ Fabien Normand / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
Le four antique devient un fossé gaulois - 2
Le 11 juin, Fabien Normand termine le nettoyage de la coupe du sondage.
Les différentes "couches" sédimentaires - nommées "unités stratigraphiques" et identifiées par des étiquettes - et la forme du fossé - son profil, ici en V - racontent l’histoire de cette structure? ?. Ainsi, au fond, on repère une couche beige, sableuse, et des traces jaunes sur le substrat? ? : cela montre que de l’eau a circulé. Les Gaulois ont creusé un fossé, sans doute un fossé de drainage, destiné à évacuer les eaux de ruissellement. Puis il est comblé - volontairement remblayé ou bouché par de la terre qui s’y accumule naturellement ; le remplissage se tasse et forme de légères dépressions - les unités stratigraphiques sont légèrement affaissées. La couche noire est constituée de cendres et de charbons - vestiges de l’activité de chauffe à la période antique. Les artisans gallo-romains ont simplement profité d’une dépression du sol, plutôt que de creuser un trou...
Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Le plan de la fouille

  • Plan général de la zone de fouille
    Le plan général établi au début de la fouille est complété au fur et à mesure : apparaissent les espaces fouillés, non fouillés, et en cours de fouille (en vert sur le plan). Ainsi, l’actualité des fouilles concerne principalement : les deux voies qui forment carrefour selon une orientation nord-sud et est-ouest, et deux bâtiments - un petit bâtiment carré au sud de la voie, dit "le bâtiment en gypse", et un bâtiment rectangulaire au nord de la voie, dans l’angle du carrefour, dit "le grand bâtiment".
    DAO @ Nicolas Latsanopoulos / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

"Le bâtiment en gypse"

Avant le confinement, les archéologues s’attachaient à dégager les restes d’un petit bâtiment carré de 5 à 6 mètres de côté, situé au sud de la voie empierrée. Les murs étaient assis sur une fondation faite de blocs de gypse - on voit que la pierre est très blanche - posés à plat sur le sol. Le nettoyage de ce bâtiment a été achevé au mois de mai. La fonction de ce bâtiment est encore inconnue, aucun vestige ne permettant de conclure ; cependant, un four destiné à la production métallurgique lui était accolé.

Solin? en gypse
Fondation en blocs de gypse des murs extérieurs du petit bâtiment au sud de la voie, dit "bâtiment en gypse", photographiée le 11 juin. L’élévation des murs, posée sur ces solins? ?, était sans doute en terre (torchis ou terre crue).
Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Fouille de la partie nord-est
    Le 16 mars 2020 : fouille de la partie nord-est du petit bâtiment - à la pelle, Pascal Mary ; aux relevés de terrain, Adonis Jeannès. En arrière-plan, à gauche, on repère encore l’unité de radiographie.
    Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Fouille de la partie sud-est
    le 16 mars 2020. L’angle sud-est est dégagé ; fouille fine à l’intérieur du bâtiment, par Corentin Bossard ; Adonis Jeannès s’occupe des relevés.
    Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Fouille de l’angle sud-ouest
    Dégagement et nettoyage au niveau des murs de l’angle sud-ouest, le 16 mars 2020, par Corentin Bossard.
    Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Les fondations à l’angle du bâtiment
    Nettoyage des solins? ? en gypse dans l’angle du bâtiment, le 11 mars 2020.
    Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Les archéologues du Bureau du patrimoine archéologique de la Seine-Saint-Denis

L’équipe de fouille actuellement sur le terrain est composée de Corentin Bossard, Antonio Da Silva, Adonis Jeannès, Ivan Lafarge, Pascal Mary, Fabien Normand, sous la direction d’Alexandre Michel, responsable d’opération. Le dessinateur Nicolas Latsanopoulos et la photographe Emmanuelle Jacquot sont régulièrement présents pour assurer la couverture iconographique du chantier. Pauline Susini-Collin s’occupe des opérations documentaires depuis Centre d’archéologie d’Epinay-sur-Seine. Patrick Morvan est chargé de la logistique et Pascal Métrot du traitement et de la conservation des mobiliers?.
Nous remercions nos collègues qui se sont improvisés photographes, comme ceux qui ont accepté d’interrompre de temps en temps leur travail afin de poser pour certaines des photographies présentées dans cette rubrique.

L’équipe prend la pause
Une photographie "spéciale Journées européennes de l’archéologie" !
Les archéologues ont imaginé avec la photographe une chorégraphie un peu décalée... Rire et partager des moments de détente sont essentiels pour maintenir la cohésion de l’équipe et la bonne ambiance sur les chantiers !!!
Photo © Emmanuelle Jacquot / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis
  • L’équipe prend la pause
    Séance photo pour Pauline Susini-Collin lors de la pesée des petits mobiliers? ?.
    Photo © Patrick Morvan / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis
  • L’équipe prend la pause
    Lors d’une pause, séance-photo sur le terrain. Pascal Mary accepte de reprendre la pelle pour poser en tenue de travail "exceptionnelle".
    Photo @ Fabien Normand / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Visites du chantier de fouille : tous les vendredis après-midi - attention, en raison de la crise sanitaire actuelle, les visites sont suspendues jusqu’à nouvel ordre.