Chronique du chantier de fouille de La Motte à Bobigny

Chronique du chantier de fouille de La Motte à Bobigny

14 juin 2020 , par Caroline Hoerni

L’actualité des fouilles

Vendredi 9 octobre : reprise des visites du site

En suivant le guide, le guide, le guide
En suivant le guide, c’est fou ce qu’on apprend

... chantent les enfants perdus dans le dessin animé Peter Pan de Walt Disney (version française de 1953).
Je m’égare ? Non. C’est bien ce que nous souhaitons : partager avec vous nos connaissances. Plus encore : pour beaucoup d’entre nous, d’entre vous peut-être, l’archéologie, c’est un rêve d’enfant. En grandissant, on suit d’autres voies... Qu’importe ! Si vous avez un jour rêvé de devenir archéologue, enfilez de bonnes chaussures de marche, un pull chaud, un coupe-vent, et venez nous retrouver certains vendredis pour une visite guidée du chantier. Vous en apprendrez davantage sur le Bobigny gaulois, sur l’intérêt des vestiges découverts, sur le métier d’archéologue...
Je vous donne donc rendez-vous le vendredi après-midi sur le site, sur réservation, covid-19 oblige : ça se passe sur le site d’Explore-Paris.
Quant à cette chronique, je la mettrai désormais à jour le mardi !

La visite commence... ici !
Dates des visites : 16 octobre - 20 novembre - 11 et 18 décembre
Réservations [clic]

Vendredi 2 octobre : il pleut, il mouille !

Les franciliens qui nous suivent l’auront constaté : il pleut sur la région parisienne. Les archéologues apprécient : à La Motte, il y a une semaine encore, le sol était sec, dur comme du béton, si bien qu’il fallait arroser pour fouiller. Depuis trois jours, au contraire, le sol est tendre comme du beurre. Aujourd’hui, le sol est détrempé. On glisse dans la boue, on patauge dans les flaques… les archéologues sont de grands enfants ! Mais quand tout coule et se mélange, quand les creusements se remplissent d’eau, fouiller n’est pas une partie de plaisir... Allez, on garde le sourire et on salue les internautes !

Peu désireuse d’affronter la pluie aujourd’hui, c’est hier que je suis allée chercher de quoi alimenter cette chronique. Quelle chance ! Fabien m’a montré quelques-uns des petits mobiliers? qu’il a découverts en fouillant la voirie : une très jolie perle antique, ornée d’un double liseré, en potin (un alliage de cuivre, d’étain et de plomb, de qualité médiocre, dont les Gaulois faisaient également des monnaies de peu de valeur) ; un potin, l’une de ces piécettes qui portent le nom de l’alliage dont elles sont faites. Le mot potin est vraiment amusant : les potins, ce sont aussi les commérages, autrement dit des ragots sans plus de valeur que ces petites pièces gauloises que l’on trouve très souvent sur les chantiers archéologiques.

  • Petite perle en potin
    Trouvée par Fabien, cette petite perle d’environ 1 cm de diamètre est constituée d’un alliage métallique à base de plomb, étain, cuivre, le "potin".
    hoto © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Un potin... en potin !
    Les potins sont des pièces de monnaies gauloises, de faible valeur unitaire, utilisées à partir du IIe siècle avant notre ère. Elles sont fabriquées en série, dans des moules, et constituées de "potin" un alliage de plomb, étain, cuivre. On les retrouve fréquemment dans les habitats, les contextes artisanaux, les fosses dépotoirs... Pour en savoir plus sur les potins et le monnayage gaulois, et pour découvrir ce qu’elles nous racontent de la société gauloise, voyez ce petit film sur le site du CNRS.
    hoto © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

De son côté, Pauline m’invite à observer deux creusements dégagés dans le grand bâtiment. Ces creusements, les archéologues les appellent des structures en creux, ou en négatif : ce peut être des fosses, des fossés, des caves etc. Ici, ce sont deux petites caves, qui ont été aménagés dans la partie ouest du bâtiment, en avant du dépôt dont j’ai parlé vendredi dernier, non loin du mur, à l’époque antique ; actuellement, on ne sait pas à quoi elles étaient destinées, pas plus qu’on ne sait quelles activités étaient menées dans ce "grand bâtiment".

  • Un cellier
    Dans le cellier le plus au nord ont été aménagées des marches.
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Deux petites caves ou celliers dans le grand bâtiment
    Dans la partie ouest du grand bâtiment, deux celliers antiques ont été mis au jour ; ils sont séparés d’environ 1 mètre l’un de l’autre. Le cellier nord a percé un fossé antérieur, d’époque gauloise, qui avait été creusé et bouché longtemps avant l’aménagement du cellier. Quelques marches permettait de descendre dans le cellier ! Au-dessus du cellier sud, on voit le niveau de circulation de l’Antiquité.
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Niveau de sol antique
    Pauline se tient debout sur le niveau de sol où circulaient les habitants de La Motte à l’Antiquité, juste au-dessus du cellier sud.
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Vendredi 25 septembre : la fouille du grand bâtiment

Contrairement à mon habitude, la pluie étant annoncée pour vendredi, je suis allée visiter la fouille mercredi dernier. Le grand bâtiment est en cours de fouille. Allons donc faire le tour du propriétaire...
A l’intérieur du bâtiment, dans l’angle nord-ouest, Pauline a mis au jour hier un beau dépôt d’objets, pots brisés et fragments de métal, entassés pêle-mêle ; elle fouillera prochainement cet amas prometteur. L’assise du mur nord est constituée de blocs de pierre, agencés en L : ont-ils été volontairement construits de cette manière, l’extérieur des murs présentant un parement? en pierres plus élevé qu’à l’intérieur ? Ou certaines pierres ont-elles chuté ? Patience ! La fouille nous le révèlera. Un très gros bloc, comme un dos de tortue rose, de 50 cm de large sur 20 cm de haut, marque l’angle nord-est : un sacré gros bloc, croyez-moi !

A l’angle opposé, le long de la route, Antonio fouille un édicule – un petit édifice – dont la nature est encore indéterminée. Il semble accolé au grand bâtiment ou peut-être en fait-il partie ? Là encore, c’est la fouille qui apportera la réponse. Antonio m’explique qu’il a laissé une petite colonne de terre intacte, afin d’effectuer un prélèvement destiné à des analyses micromorphologiques.
Microquoi ?
Micromorphologiques.
La micromorphologie est l’"étude des constituants des sols et de leurs particularités d’assemblage en unités structurales grâce à l’examen, au microscope, des sections fines, ou lames minces, de sols," précise le Larousse. Autrement dit, on examine au microscope de minuscules échantillons de sols, afin de comprendre la manière dont les activités humaine les ont affectés : on parle d’anthropisation des sédiments. Je vous invite à jeter un oeil à l’unité de micromorphologie du LabEx de l’université de Bordeaux.
Puis Antonio me montre le sol empierré qu’il démonte à la pioche – un niveau romain ; il descend de presque 20 cm, jusqu’à une terre gris-brun : voici le niveau gaulois ! A cette époque, le bâtiment n’existait pas - en tout cas, pas sous cette forme, maçonnée en pierre et solidement plantée dans le sol, datée de la période romaine. Il reste encore beaucoup de travail pour comprendre exactement comment est agencé ce bâtiment, sa chronologie, et même son usage.

Vendredi 18 septembre : j’peux pas, j’ai JEP !

Ce week-end ont lieu les journées européennes du patrimoine, auxquelles participe le département.
Dans un contexte général assez morose il est important pour nous de continuer à vous faire découvrir notre patrimoine commun, à partager nos connaissances avec vous, à diffuser le travail de recherche de nos équipes. Aujourd’hui, je vous propose donc de suivre une visite guidée par Ivan à La Courneuve samedi matin, de lire (ou de relire !) un article écrit par Adonis, de découvrir le portrait de Pauline créé dans le cadre d’une exposition mettant en lumière les femmes du bureau du patrimoine archéologique.
Retrouvez la programmation départementale organisée à l’occasion des JEP.

Vendredi 11 septembre : une hipposandale gallo-romaine

Il y a quelques mois, les archéologues retrouvaient une semelle de chaussure d’humain ; il y a dix jours, c’est une "chaussure de cheval", une hipposandale, que Pascal a retrouvée. Les hipposandales sont des sortes de souliers en métal, en cuir ou en vannerie (mais on retrouve plus fréquemment celles en métal), qui s’enfilent aux sabots des équidés et sont maintenues par des lanières. Elles permettent de protéger les sabots des aspérités du chemin, comme les fers ; certaines peuvent également avoir un usage vétérinaire en cas de blessure aux pieds - comme des pansements.
Pour voir à quoi ressemble une hipposandale : un exemplaire au MAN ; pour en savoir plus sur les usages thérapeutiques des hipposandales dans l’Antiquité, consultez un article de la revue Pallas consacrée à la trousse du vétérinaire dans l’Antiquité et au Moyen Âge : "Archéologie expérimentale : l’usage vétérinaire des hipposandales romaines" Les hipposandales sont toujours utilisées aujourd’hui : quelques informations ici.

  • Tout juste sortie de terre...
    Photo © Adonis Jeannès / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • ... après un petit nettoyage !
    Photo © Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Quelques heures sur le chantier

Vendredi 4 septembre : je vous propose de passer les premières heures de la journée sur le chantier.
8h30 : il fait déjà très chaud – bien plus que les 20° affichés par le site météo ; et pour cause, nous sommes en plein soleil. L’équipe est sur le terrain depuis une demi-heure ; avec la rentrée scolaire, elle a repris les horaires habituels (8h-17h). Adonis arrive, il est resté bloqué dans le RER (beaucoup de franciliens connaissent le problème). Comme nous tous, les archéologues ont parfois des contraintes de transport ou de famille.
10h30 : Pauline est rentrée de vacances lundi. Elle explore une tranchée de fondation – le creusement dans lequel est implantée la fondation du bâtiment – afin de comprendre comment celle-ci a été aménagée (un mur ? des poteaux ?) et à quelle époque. Pour le moment, elle a trouvé des tessons gallo-romains et des fragments de verre, mais aussi des tesson de céramique? moderne : elle n’a pas encore atteint la base du creusement et les couches de terre superficielles, qui bouchent la tranchée, sont très proches de la surface actuelle. Elles ont été perturbées par des activités récentes ; ce sont des niveaux où diverses périodes sont mélangées et les objets retrouvés ne permettent pas de dater la construction.

  • Fouille de la tranchée de fondation
    Derrière Pauline, on voit le solin? ? en pierre : la tranchée de fondation se trouve sous le solin.
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Fouille de la tranchée de fondation
    Pauline devra descendre jusqu’au fond du sondage que l’on distingue au premier plan.
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Dégagement d’un fond de gobelet gallo-romain
    Le fond d’un gobelet, brisé, est dégagé doucement. Il ne s’agit pas de le casser davantage !
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Les petites découvertes
    Pauline a trouvé un très petit bout de verre bleu, de quelques millimètres à peine...
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

11H15 : Pascal vient remplir ses arrosoirs. La terre est tellement sèche ! "Dure comme du béton", dit Pauline. Pour fouiller, il faut l’ameublir ; pour l’ameublir, il faut l’arroser. Cet arrosage permet aussi de percevoir les différences de couleur et de texture du sédiment, indistincts sous ce soleil. Si la terre est argileuse, compactée, elle n’absorbera pas l’eau, restera claire et dure ; si elle plus aérée, plus sableuse, elle la boira plus facilement, sera plus sombre et plus friable. Ainsi se lisent mieux des limites des structures (des maçonneries en terre, des remblais...) ou des différences d’usage des sols (par exemple, des surfaces piétinées.)

  • Pascal rempli ses arrosoirs
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Différentes nuances de terre après arrosage
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

12h : c’est l’heure du repas. Il faut passer au vestiaire se laver les mains, se nettoyer le visage et ôter la combinaison – protocoles sanitaires de prévention de la Covid19 et de pollution au plomb obligent. L’équipe profite des beaux jours pour manger en extérieur, à l’ombre des arbres. Après le déjeûner, les archéologues regagnent le chantier, tandis que je rejoins la cité administrative du conseil départemental.

Une écope
Avant de partir, je vous propose de découvrir un drôle d’outil : l’écope, Selon le dictionnaire Larousse, c’est une "pelle creuse munie d’un manche, qui sert à vider l’eau d’une embarcation" : sur un chantier, cela sert à vider l’eau qui rempli les structures fouillées après une forte pluie.
Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

La voirie, encore et toujours

La pause de 10 heures
Photo © Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Jeudi 27 et vendredi 28 août - Depuis 15 jours, Alexandre Michel, le responsable de l’opération, est en vacances. C’est Ivan Lafarge qui a pris la suite pour le mois d’août. Après les grosses chaleurs, un nouveau rythme a été mis en place, temporairement : les archéologues font la journée continue, du lever du jour à 14h30 environ, avec une pause à 10h ; c’est l’organisation de chantier que l’on observe généralement dans les pays chauds. Cette grande pause est un moment de convivialité important ; on se détend, on se restaure légèrement et on reprend des forces, on plaisante. A chacun ses préférences : thé à la menthe et pain de semoule maison, olives, biscuits et chocolat, taboulé, ou même petits poissons séchés à grignoter...
Deux grosses structures d’époque gallo-romaine constituent actuellement le cœur de la fouille : le puits et la voirie, formée de deux rues empierrées, perpendiculaires, formant carrefour, et orientées nord/sud - est/ouest. En effet, la voirie doit faire l’objet d’une série de photographies dans un mois environ, il faut donc qu’elle soit dégagée et nettoyée, ce qui est long et fastidieux, car il faut fouiller pierre à pierre, épousseter chaque cailloux, puis recouvrir d’une bâche pour protéger de la pluie, de la poussière, et éviter que l’herbe ne repousse. Quant à la zone où se trouve le puits, elle devrait être prochainement décapée à la pelle mécanique afin de fouiller plus bas.

La zone de fouille du 28 août
Au premier plan, Ivan relève l’emplacement des divers vestiges mis au jour dans cette zone ; Lou, une bénévole, dessine précisément le puits, sous la surveillance d’Adonis. A l’arrière-plan, Pierre, un autre bénévole, arrose le sol afin de mieux discerner les nuances de terre qui marquent des fosses.
Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Nettoyage de la voirie
    Les rues gallo-romaines sont dégagées progressivement, à la truelle et au pinceau, afin de ne pas déranger les cailloux qui constituent le radier et la chaussée. Les fouilleurs se relayent sur cette tâche laborieuse tous les deux jours. Ici, Lou.
    Photo © Fabien Normand / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Le carrefour
    Les deux rues qui forment la voirie forment un carrefour : maintenant que cette partie est dégagée et nettoyée, il apparaît nettement (ici au premier plan). Abritée du soleil, Lou peut effectuer un relevé de la zone.
    Photo © Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Préparation du bâchage
    Placer des bâches sur la voirie permet de la protéger... encore faut-il que la bâche reste en place. Pierre et Adonis préparent donc les sacs de lest, qui seront placés sur les bâches pour éviter qu’elles ne s’envolent.
    Photo © Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • La voirie bâchée
    Toutes les parties de la voirie déjà fouillées sont bâchées progressivement. A l’arrière-plan, on aperçoit Pascal, dont c’est le "tour" de fouille de la voirie. Il poursuit le dégagement de la rue vers le sud, au niveau du carrefour.
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Opération : désherbage

Mardi 18 août - Lorsque l’on intervient sur un vaste terrain, il est fréquent que l’herbe repousse librement sur les espaces déjà fouillés, comme elle pousse sur les espaces non encore fouillés. Lorsqu’il faut fouiller là, ou prendre des photographies de l’ensemble des structures, il n’y a alors qu’une chose à faire : prendre sa pioche non pas pour décaisser, mais pour désherber !

Désherbage de "trottoir" gallo-romain
L’équipe désherbe ce qui fut autrefois un "trottoir" gallo-romain, le long de la rue désormais bien dégagée.
Photo © Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Après la canicule, on revient au puits

Jeudi 13 août - A cause des fortes chaleurs du début de semaine, le chantier a été interrompu quelques jours. Les archéologues ont repris le travail ce matin. Ils interviennent sur deux structures : la voirie, qu’il faut continuer de dégager pierre à pierre, et le puits qui est finalement fouillé à la main. Je vous propose un arrêt sur image sur deux mobiliers archéologiques découverts dans ce puits : un tesson qui nous donne des informations sur la datation de cette structure?, puis nous découvrirons un drôle d’objet...

  • Deux mobiliers? découverts dans la maçonnerie du puits
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Un drôle d’archéologue découvert dans le puits ?
    Photo © Alexandre Michel / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Ce sont les objets – lorsqu’il y en a, ce qui n’est pas toujours le cas – qui permettent de dater les structures dans lesquelles on les découvre. Il faut que ces objets soient caractéristiques d’une période : de la vaisselle céramique, des pièces de monnaie, des bijoux… On peut également procéder à des analyses physico-chimiques, à condition de disposer des vestiges adaptés (par exemple des restes osseux pour des analyse C14), mais aussi du budget correspondant, car ces analyses, effectuées par des laboratoires spécialisés, sont couteuses. Dans le cas de ce puits, un objet particulier est révélateur : un tesson de céramique sigillée?, trouvé entre blocs de pierre utilisés pour maçonner la paroi du puits. Dans la mesure où ce tesson a été piégé dans les parois lorsqu’elles ont été maçonnées, cela signifie que le puits a été construit à une période où l’on utilise cette céramique très particulière. La sigillée est typique de la période gallo-romaine, donc le puits date de cette période. Élémentaire, mon cher Watson ! Certes, les choses ne sont pas tout-à-fait aussi simples : la datation n’est guère précise (entre le Ier siècle avant notre ère et le Ve siècle …) et seul un céramologue pourra l’affiner en examinant la pâte et le décor du tesson. Néanmoins, cette datation très large permet aux archéologues de savoir dans quel niveau chronologique ils se trouvent présentement. Par ailleurs, cela ne nous dit pas combien de temps le puits a été utilisé : 10 ans ? 100 ans ?

L’autre objet est assez intriguant. Il s’agit d’une grosse pierre en forme de patate, percée de part en part d’un trou, du diamètre d’un petit doigt. A première vue, on dirait un peson de tisserand, un petit poids servant à lester les fils sur un métier à tisser. Dans l’Antiquité, ces pesons sont faits en terre cuite, ou en pierre : une pierre que l’on perce (on parle alors d’une pierre aménagée) ; parfois, on a aussi la chance de trouver une pierre brute, percée naturellement. Premier test, on vérifie que l’on peut passer un fil dans ce trou : OK. Second test, on examine de près ledit trou : il est un peu courbe, finalement, il n’est pas du tout certain qu’il ait été percé manuellement... un géologue ou un tracéologue déterminerait mieux que nous la nature du percement : naturel ou anthropique ? Peut-être, après tout, s’agit-il que d’une pierre brute ? Peut-être même n’a-t-elle jamais servi comme peson ? Seul un spécialiste de la question pourra nous répondre. En attendant, si vous voulez vous en faire une opinion, je vous invite à lire ce passionnant article sur les pesons.

  • Un caillou en forme de patate, percé d’un trou
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Peson, ou pas ?
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Canicule sur le chantier

Jeudi 6 août - Après la pause de midi, les archéologues reviennent sur le terrain chauffé à blanc.

  • Retour sur le chantier après la pause : Antonio
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Retour sur le chantier après la pause : Adonis et Ivan
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Les abeilles s’activent en quête d’eau car les fouilleurs ont ponctuellement arrosé le sol, pour ameublir la terre et mieux repérer les structures. Adonis et Antonio installent la "tonnelle" et le parasol au-dessus de la partie de voirie qu’ils vont fouiller, pour se protéger du soleil.

  • Retour sur le chantier après la pause de midi : chacun organise sa zone de fouille
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Antonio et Adonis installent leur tonnelle
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Adonis plante le parasol... mais pas pour un bain de soleil !
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Adonis et Antonio fouillent à la truelle, à la balayette et au pinceau : en effet, ils dégagent minutieusement les cailloux constituant la voirie romaine, tandis qu’Ivan attaque le sol à la pioche, il faut décaisser, même s’il fait très chaud...

  • Antonio : truelle et balayette
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • La balayette pour nettoyer les cailloux
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Adonis : truelle et pinceau
  • Truelle, pinceau, "rasette"
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
Ivan : pioche et pelle
Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Du bon usage de la pelle en archéologie

Dans la cabine du pelleur
Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Jeudi 30 juillet - Il fait déjà chaud sur le chantier de fouille de La Motte. Pour le lendemain, 39°C prévus sur la région parisienne : l’équipe organise le travail dès 6h30 pour arrêter en milieu de journée et éviter la grosse chaleur.
Profitons-en pour parler « pelle ». Non pas de la bonne vieille pelle que l’on trouve un peu partout avec sa copine la pioche, mais de la pelle mécanique, cet engin du BTP qui a progressivement investit les chantiers archéologiques depuis les années 70-80. Le recours à la pelleteuse se développe en effet avec l’archéologie préventive? – que l’on nomme archéologie de sauvetage jusqu’en 2001, date à laquelle la loi sur l’archéologie préventive est promulguée. Désormais, tous les travaux d’aménagement et d’infrastructure doivent intégrer, en amont, la détection et la protection des vestiges archéologiques. Quel immense progrès pour la connaissance du patrimoine archéologique !
Néanmoins, les archéologues ne peuvent s’attarder sur le terrain : il faut aller vite pour permettre aux aménageurs de prendre la suite pour bâtir divers aménagements privés ou publics : immeubles de bureaux ou habitations, collèges et hôpitaux, parkings, centres commerciaux, gymnases, routes, voies ferrées… S’ils devaient tout fouiller manuellement, munis de leur truelle, et du fameux trio pelle-pioche-brouette, les archéologues ne pourraient explorer que de minuscules parcelles de tous ces terrains. Ce sont donc les conducteurs d’engins qui prennent la relève : ils ouvrent les tranchées de diagnostic, roulant à reculons et grattant très doucement le sol fragile, enlevant quelques centimètres de terre, passe après passe, sous la surveillance d’ un archéologue, qui, à raz de terre, guette tout vestige qui surgirait sous le godet de la pelle – un cailloux, un os, un tesson… on ne sait jamais ce qui va apparaître.
C’est aussi la pelle qui rebouche les tranchées, puisqu’il faut la plupart du temps rendre le terrain en bon état à l’aménageur.
C’est encore la pelle qui décape le terrain avant de fouiller : les premiers centimètres de terre actuelle n’ont généralement pas d’intérêt et sont impitoyablement évacués, formant d’énormes tas de terre qui jalonnent le terrain. Souvent, il faut charrier ces tas de terre d’un bout à l’autre du site, pour aller fouiller dessous - du travail pour la pelle !
Lorsque la densité de structures est faible, la pelle permet de fouiller rapidement de grandes étendues ; parfois aussi, le temps presse et ce sont les structures mêmes (fosses, puits…) qu’il faut fouiller à la pelle. On choisi alors généralement une mini-pelle plutôt qu’un gros engin. C’est la fouille mécanisée, par opposition à la fouille manuelle traditionnelle (truelle, pelle-pioche….)
Bref, le « pelleur » décape, sonde, fouille, déplace les déblais, rebouche les tranchées. C’est un intervenant dont on parle peu, pourtant, sans lui, aujourd’hui, pas d’archéologie ! Aussi, je vous proposerai prochainement un portrait du conducteur d’engin qui opérait ces dernières semaine sur le site : Anthime, 24 ans, un tout jeune homme passionné de conduite, qui ramassait les carottes à 17 ans et signait aujourd’hui son CDI de conducteur d’engin, réalisant ainsi son rêve de petit garçon.

  • Le godet passe à plat...
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • ... au bout d’un bras de 5 à 6 mètres
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Le puits

Il y a trois semaines, les archéologues ont mis au jour un puits, qui sera, dès lundi prochain, fouillé à la pelle mécanique – autrement dit, détruit, rapidement.
Pas de panique, tout est normal.
L’archéologie est une discipline scientifique qui étudie les traces matérielles laissées par les humains. L’un des moyens de l’investigation, c’est la fouille, qui consiste en fait à détruire, de manière systématique, raisonnée et documentée, ces traces. En effet, pour comprendre comment a été construite une structure, il faut la démonter ; et pour savoir ce qu’il y a sous cette structure – des vestiges antérieurs – il faut également la démonter ! Cela semble brutal, ou étonnant ? Gardons à l’esprit que, le plus souvent, aujourd’hui, les fouilles ont lieu avant qu’un terrain ne soit aménagé (c’est l’archéologie préventive). Les vestiges seraient donc détruits, mais sans même avoir été étudiés, si les archéologues n’intervenaient pas : ces fouilles permettent de collecter des données scientifiques et de contribuer à l’accroissement de la connaissance de l’histoire des territoires.
Après avoir été partiellement fouillé manuellement, le puits sera, dès lundi, fouillé à la pelle mécanique. En effet, sur les chantiers de fouilles préventives, il est important d’aller vite car il faut respecter des délais parfois très courts, afin de « rendre », comme on dit, le terrain à l’aménageur. Une fois que la structure a été bien reconnue, relevée (Nicolas, le dessinateur du bureau, est passé effectuer des dessins de diverses structures hier et aujourd’hui), la pelle peut entrer en action. Il ne s’agira pas de tout démolir, bien entendu : le conducteur d’engin travaille minutieusement et avec un archéologue, de manière à ce que la destruction du puits soit raisonnée et que tout élément remarquable soit aussitôt repéré. C’est une technique de fouille qui exige beaucoup de concentration et de précision. Un jour prochain, je vous emmènerai découvrir le travail incroyable du « pelleur ». En attendant, profitez de ces dernières photographies du puits.

Un puits découvert au nord-est du "grand bâtiment"
Les archéologues ne comprennent pas encore comment s’organise cette structure? ? : on repère aisément le tube du puits maçonné, mais à quoi correspond le cercle de pierres extérieur ? s’agit-il de la même structure ou d’un aménagement différent, plus tardif ? Pour le savoir, il faut enlever le très gros bloc que l’on voit au centre de la photo.
Photo © Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Enlèvement des blocs
    Ivan et Fabien retirent les blocs, sous l’œil attentif de Pascal. Le métier d’archéologue est un métier très physique : que l’on soit homme, femme, petit, grand, on pioche, on pellete, on brouette !
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Enlèvement des blocs
    Il n’y a plus qu’à évacuer les blocs, dont la taille est assez impressionnante ! Pas besoin d’être costaud, c’est la brouette qui porte. Cependant, je vous assure que les premiers jours, on est généralement perclus de courbatures !
    Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Le puits est désormais "lisible" !
    Une fois enlevés, les gros blocs permettent aux archéologues de comprendre l’aménagement de cette structure? ?. Le cercle de pierres extérieur correspond à la margelle du puits, partiellement effondrée.
    Photo © Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
Coupe du puits
Non, ce n’est pas un donut, même si ça y ressemble drôlement ! La partie supérieure du puits a été fouillée manuellement. Les pierres ont été soigneusement dégagées, nettoyées et une coupe par moitié a été pratiquée afin de comprendre le mode constructif, et de relever le plan de la structure? ?.
Photo © Fabien Normand / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
Le tube du puits
Une dernière photographie : le tube du puits, soigneusement maçonné. Le puits va désormais être fouillé à la pelle mécanique, ce qui permettra d’aller plus vite, et de descendre plus profondément (la profondeur de fouille est limitée pour les humains).
Photo © Fabien Normand / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Les vendredis du chantier

Visite du chantier le 3 juillet, en vue de préserver la voie romaine
Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Le vendredi est un jour un peu particulier sur le chantier.
"Évidemment, me direz-vous : c’est la veille du week-end !" En effet, c’est le jour du bouclage : il faut nettoyer les communs, une mesure d’hygiène mise en place dans le cadre de la crise sanitaire que nous traversons : chaque vendredi après-midi, à tour de rôle, l’un des archéologues s’en charge.
Les deux derniers vendredis ont cependant été des jours très particuliers : le 3 juillet, le service régional d’archéologie (Ministère de la culture) et la direction des bâtiments et de la logistique (Conseil Départemental) sont passés sur le site pour discuter d’une éventuelle conservation de la voirie romaine découverte lors des fouilles. Bonne nouvelle : il est envisagé d’en préserver une belle partie et de la valoriser dans le futur équipement sportif handisport qui sera aménagé ici.
Le 10 juillet, le président du conseil départemental, M. Stéphane Troussel, est venu visiter le chantier. En effet, un déjeuner était organisé dans l’enceinte du stade de La Motte pour remercier les agent.e.s volontaires ayant participé à la plateforme d’appels mise en place durant le confinement pour prendre des nouvelles des personnes isolées (deux agents de notre bureau y ont d’ailleurs participé).

Les petits "trésors" du quotidien

Au cours des derniers jours, les archéologues ont fouillé activement, notamment, la zone située au nord du carrefour : le grand bâtiment et ses abords. Cet espace est une zone d’habitat : on y trouve donc de nombreuses structures mais aussi de nombreux mobiliers qui témoignent de la vie domestique et quotidienne des habitants. Les archéologues ont notamment dégagé le "cellier" (la "structure excavée non identifiée" découverte sous le grand bâtiment), mis au jour un puits, un squelette gaulois, ainsi que de menus objets qu’utilisaient les hommes et les femmes qui vivaient là, il y a 2000 ans : une petite bouteille, une pierre à aiguiser, une bague, une épingle à cheveux... Autant de petits "trésors", qui n’ont de valeur que scientifique et humaine : on voit qu’ils ne sont pas si différents des objets de notre quotidien ! N’est-il pas émouvant de comprendre à quel point nous sommes si loin, et pourtant si proches, des gens qui habitaient Bobigny dans l’Antiquité ?

  • La zone en cours de fouille, le 25 juin
    Au premier plan, on voit l’angle du grand bâtiment, dont le mur nord est parallèle à la voie empierrée qui figure au troisième plan.
    Photo © Emmanuelle Jacquot / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis
  • Petite bague ouverte, réglable
    Photo © Fabien Normand / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis
  • Epingle à cheveux en os
    Photo © Fabien Normand / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis
Culot d’une petite bouteille brisée, intérieur
Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis
Culot d’une petite bouteille brisée, extérieur
Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis
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Pierre à affûter pour les couteaux, les outils agricoles...
Photo © Caroline Hoerni / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis

Le grand bâtiment

Au nord de la voie, au niveau du carrefour, un grand bâtiment a été identifié dès le début du mois de mars. Après l’interruption des fouilles lors du confinement, il est actuellement en cours de dégagement. Contrairement au « bâtiment en gypse », le « grand bâtiment » possède une assise de pierres posée sur des solins? qui ont disparu, qui étaient vraisemblablement en bois (pour le moment, cette interprétation est une hypothèse de travail). Il révèle aussi bien des surprises : un dépôt d’objet en fer, une « structure excavée » encore non identifiée… gageons que les archéologues feront dans les semaines à venir de passionnantes découvertes ! A suivre !

Une structure? excavée dans le grand bâtiment
Le 17 juin, on commence à dégager une structure? ? excavée : un creusement aménagé sous le bâtiment, que les archéologues vont explorer dans les prochains jours. S’agit-il d’une pièce en sous-sol, de type cellier ? il est encore trop tôt pour conclure !
Photo @ Fabien Normand / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
Dépôt d’objets en fer
Le 11 juin, les archéologues ont trouvé un dépôt d’objets en fer : rien de précieux, mais le fait que des objets disparates soit regroupés dans une petite fosse a sans doute un sens - du moins pour la personne qui les a déposés. On reconnaît une sorte de pince : ce sont des forces, des ciseaux permettant de tondre les moutons ; on voit aussi un grand "bâton", que l’on nommera "objet à douille" (et s’il s’agissait d’une pointe de lance ?... mais que cela reste entre nous : rien n’est certain car l’objet n’a pas encore été étudié !)
Photo © Alexandre Michel / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis
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Fouille des solins? en pierre
Sous les solins? ? en pierre apparaissent des tranchées de fondation avec des traces de poteaux, vraisemblablement des troncs et des demi-troncs. Adonis Jeannès fouille chaque trou de poteau.
Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Relevés des structures
    Nicolas Latsanopoulos, le dessinateur de l’équipe, est passé effectué les relevés de chantier. Il prend, au mètre et au fil à plomb, les mesures précises de chaque structure? ? - ici les murs du "grand bâtiment" - afin de les placer précisément sur le plan de la fouille.
    Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Mur longitudinal
    Vue du mur longitudinal, dans la perspective du chantier, le 16 mars 2020.
    Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Restitution du mur
    Structure? ? du mur : sur une assise de bois, disparue, est posée une assise de pierres ; au-dessus, le mur est monté en torchis ou en terre crue. Le mur en terre s’est affaissé, ainsi que le soubassement? ? en pierre ; l’assise en bois a disparu.
    Dessin @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Fin de la journée de chantier

Fin de la journée de chantier
Le 18 juin, dans les vestiaires.
Les archéologues se changent en deux étapes : dans un premier sas, ils ôtent leurs chaussures et leur combinaison ; puis, dans une seconde salle, ils enlèvent leurs vêtements de chantier pour revêtir leur tenue de ville avant de rentrer chez eux. Au premier plan à gauche, Antonio Da Silva, Pascal Mary ; en face, Ivan Lafarge.
Photo © Emmanuelle Jacquot / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis

Flash-back : une semelle cloutée gallo-romaine

En février dernier, les archéologues ont fait une découverte très touchante au bord de la voie : les restes d’une semelle de chaussure gallo-romaine. Il n’en subsiste que les clous qui se sont oxydés, tandis que la semelle proprement dite a disparu : elle était en cuir, en bois, ou en liège. En se corrodant, les clous ont pris tout l’espace de la semelle et en ont gardé l’empreinte. A votre avis, s’agit-il d’un pied droit ou d’un pied gauche ? C’est un grand débat dans l’équipe... car on ne sait pas si la semelle est à l’endroit (auquel cas il s’agit d’un pied droit) ou à l’envers (pied gauche) : les clous sont tellement oxydés qu’on ne peut savoir où est la pointe, où est la tête !
Le prélèvement de ce type de vestiges est très délicat : les clous oxydés ne constituent qu’une couche mince, friable : les photographies prises au labo montrent bien cette fragilité du sédiment...
D’autres vestiges de chaussures gallo-romaines ont été trouvés en Seine-Saint-Denis (et ailleurs), à Tremblay-en-France, mais en contexte funéraire : parfois, les défunts - hommes et femmes - étaient enterrés avec des chaussures. Si vous voulez tout savoir sur ce sujet, c’est par ici !

  • Semelle cloutée gallo-romaine, sur le terrain - 1
    Photo © Alexandre Michel / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis
  • Semelle cloutée gallo-romaine, sur le terrain - 2
    Photo © Alexandre Michel / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis
  • Semelle cloutée gallo-romaine, au laboratoire - 1
    Photo © Pauline Susini-Colin / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis
  • Semelle cloutée gallo-romaine, au laboratoire - 2
    Photo © Pauline Susini-Colin / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis
  • Semelle cloutée gallo-romaine, au laboratoire - 3
    Photo © Pauline Susini-Colin / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis

Pendant ce temps, à la base départementale d’archéologie

Rangement des petits mobiliers?
Le 18 juin, à la base départementale d’archéologie, à Epinay-sur-Seine. Pauline Susini-Collin assure la partie "labo" de la fouille : elle pèse et ré-étiquette les petits objets avant de les ranger.
Photo © Patrick Morvan / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis

A la base d’archéologie de département, à Epinay-sur-Seine, il faut nettoyer, trier, peser, étiqueter et ranger le mobilier découvert sur le terrain. Ces opérations, longues et minutieuses, représentent une grande partie du travail des archéologues. De nombreuses caisses de mobiliers très divers ainsi que des prélèvements de sédiments sont ainsi conservés dans les locaux. Beaucoup de ces vestiges peuvent paraître insignifiants, parce qu’ils sont souvent fragmentaires, corrodés… Certes, ils n’ont aucune valeur marchande, ni artistique, mais tous ont un réel potentiel informatif – autrement dit, ils ont une valeur scientifique. Chaque petit vestige fournira des informations sur la vie quotidienne des habitants et leurs activités. Ces mobiliers seront plus tard étudiés par des spécialistes - anthropologue, céramologue, archéozoologue etc. Les prélèvements seront envoyés pour analyses, par exemple des datations ou l’examen des concrétions métalliques. Certains objets remarquables seront également restaurés. Ces études précises permettront de caractériser le site, c’est-à-dire d’émettre des hypothèses solidement argumentées quant la nature des installations (habitat ? quartier artisanal ?...) et à sa chronologie. Tant que la phase de terrain n’est pas terminée, que les données recueillies sur le terrain et les mobiliers mis au jour n’ont pas été étudiés, les archéologues ne proposent aucune conclusion : une nouvelle découverte en cours de fouille peut tout remettre en question du jour au lendemain !

  • Entreposage des mobiliers? du chantier
    De nombreuses caisses de mobiliers? ? très divers, ainsi que des prélèvements de sédiments, sont conservées dans les locaux.
  • Petits mobiliers? métalliques
    Photo © Pauline Susini-Collin / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis
  • Monnaie en alliage cuivreux
    Photo © Pauline Susini-Collin / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis

Quand on sort le film alimentaire...

  • Avant la photo-mystère
    Le 15 juin, le soleil est revenu.
    Pascal Mary s’apprête à effectuer une opération un peu spéciale.
    Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Photo mystère - 1
    L’archéologue a dégainé son rouleau de film alimentaire. Bizarre, bizarre ?!
    Pascal Mary nous accorde une jolie photo-mystère...
    Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Photo mystère - 2
    Et voilà le travail ! Un "cocon" bien hermétique, qui protège la fragile sole d’un four qu’il a dégagé un peu plus tôt.
    Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Fouille d’un four
    Dégagement d’un four, près du "bâtiment en gypse".
    Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

La pelle est arrivée !

Décapage à la pelle mécanique
Le 16 juin, la pelle mécanique est de nouveau à pied d’œuvre sur le chantier. Alexandre Michel, responsable de l’opération, surveille le décapage pour repérer tout indice archéologique. A l’arrière-plan, sur la gauche, un gros bâtiment marron : c’est l’unité de radiographie de l’hôpital Avicenne, sous lequel a été découvert il y a 15 ans une vaste nécropole gauloise.
Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Après la pluie

Les conditions météorologiques sont souvent dures en fouille et les archéologues n’interrompent le travail qu’en cas d’impossibilité majeure, notamment en cas d’orage ou de forte pluie continue. Mais qu’il neige, qu’il vente ou qu’il pleuve gentiment, par temps de canicule ou de froid intense, ils continuent de fouiller, malgré le sol parfois gelé, boueux. En effet, les opérations d’archéologie préventives sont contraignantes en terme de délais, puisqu’il faut libérer le terrain rapidement afin de que l’aménageur puisse réaliser son projet de construction. A La Motte par exemple, il s’agit d’une fouille préalable à l’aménagement d’un pôle handisport.

  • Vue générale du chantier
    Le 15 juin, après la pluie. Le responsable de l’opération s’entretient avec un agent du stade de la Motte, derrière eux se détache la tour de l’Illustration. Les bâches protègent les structures de l’inondation.
    Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Sous la tente
    Le 11 juin, Pascal Mary effectue des relevés de terrain, c’est-à-dire des dessins des coupes et des structures mises au jour. Cette tente est dressée pour abriter les archéologues de la pluie ou du soleil (ils disposent aussi de parasols).
    Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Reprise des fouilles

Reprise du chantier
Le 19 mai, après avoir préparé les outils, les locaux etc., les archéologues ont pu reprendre la fouille, en respectant des consignes sanitaires strictes.
Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Sur le site gaulois et gallo-romain du stade départemental de La Motte, les fouilles ont repris rapidement après le confinement. Les archéologues étaient sur le terrain dès le 18 mai. En raison d’une météo clémente, la conservation des vestiges ne s’est quasiment pas détériorée pendant les deux mois de confinement sanitaire. Malgré des conditions de travail plus contraignantes, mesures sanitaires exceptionnelles obligent, les fouilleurs continuent de dégager chaque jour de nouveaux vestiges. Le terrain est vaste, et les archéologues peuvent généralement travailler éloignés les uns des autres ; lors des pauses qu’ils prennent en décalé, à tour de rôle, et lors des repas, ils respectent la distanciation physique. Ils disposent de leurs propres outils individuels et veillent à une hygiène scrupuleuse des mains.

Pour en savoir davantage sur la fouille de ce site et visionner les films timelaps des années précédentes, c’est par ici !

Un fossé gaulois réutilisé à l’époque romaine

Les archéologues ont repéré une structure particulièrement intéressante, qui montre comment des aménagements anciens peuvent être réutilisés des siècles plus tard. Une structure de combustion - autrement dit un four - a été repérée dans la "couche" antique. En le fouillant, il s’est avéré que ce four était utilisé pour des activités métallurgiques (de nombreux débris de métal chauffé ont été retrouvés à proximité). Il a été installé à l’époque gallo-romaine dans une dépression du sol... dépression naturellement causée par le tassement de la terre remplissant un fossé beaucoup plus ancien, qui n’était plus visible à cette époque. Ce fossé de drainage originel avait été aménagé durant la période laténienne.

  • Découverte d’un four métallurgique antique
    Le 9 juin, les archéologues commencent à fouiller une structure? ? de combustion - un four ; on remarque la terre charbonneuse sur la photographie. Il se trouve dans le niveau antique, d’époque gallo-romaine, et a servi pour des activités de métallurgie.
    Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Le four antique devient un fossé gaulois - 1
    Le 10 juin, durant la pause, Ivan Lafarge vient examiner le fond de la structure? ?. En creusant, les archéologues se sont aperçu que le four antique avait été installé au-dessus d’un fossé gaulois bien plus ancien. A ce jour, le four et le fossé n’ont pas été fouillés intégralement : il s’agit d’un sondage, c’est-à-dire d’une fouille partielle de la structure. Les datations ne sont donc pas encore très précises, faute d’avoir trouvé du mobilier significatif.
    Photo @ Fabien Normand / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
Le four antique devient un fossé gaulois - 2
Le 11 juin, Fabien Normand termine le nettoyage de la coupe du sondage.
Les différentes "couches" sédimentaires - nommées "unités stratigraphiques" et identifiées par des étiquettes - et la forme du fossé - son profil, ici en V - racontent l’histoire de cette structure? ?. Ainsi, au fond, on repère une couche beige, sableuse, et des traces jaunes sur le substrat? ? : cela montre que de l’eau a circulé. Les Gaulois ont creusé un fossé, sans doute un fossé de drainage, destiné à évacuer les eaux de ruissellement. Puis il est comblé - volontairement remblayé ou bouché par de la terre qui s’y accumule naturellement ; le remplissage se tasse et forme de légères dépressions - les unités stratigraphiques sont légèrement affaissées. La couche noire est constituée de cendres et de charbons - vestiges de l’activité de chauffe à la période antique. Les artisans gallo-romains ont simplement profité d’une dépression du sol, plutôt que de creuser un trou...
Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Le plan de la fouille

  • Plan général de la zone de fouille
    Le plan général établi au début de la fouille est complété au fur et à mesure : apparaissent les espaces fouillés, non fouillés, et en cours de fouille (en vert sur le plan). Ainsi, l’actualité des fouilles concerne principalement : les deux voies qui forment carrefour selon une orientation nord-sud et est-ouest, et deux bâtiments - un petit bâtiment carré au sud de la voie, dit "le bâtiment en gypse", et un bâtiment rectangulaire au nord de la voie, dans l’angle du carrefour, dit "le grand bâtiment".
    DAO @ Nicolas Latsanopoulos / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

"Le bâtiment en gypse"

Avant le confinement, les archéologues s’attachaient à dégager les restes d’un petit bâtiment carré de 5 à 6 mètres de côté, situé au sud de la voie empierrée. Les murs étaient assis sur une fondation faite de blocs de gypse - on voit que la pierre est très blanche - posés à plat sur le sol. Le nettoyage de ce bâtiment a été achevé au mois de mai. La fonction de ce bâtiment est encore inconnue, aucun vestige ne permettant de conclure ; cependant, un four destiné à la production métallurgique lui était accolé.

Solin? en gypse
Fondation en blocs de gypse des murs extérieurs du petit bâtiment au sud de la voie, dit "bâtiment en gypse", photographiée le 11 juin. L’élévation des murs, posée sur ces solins? ?, était sans doute en terre (torchis ou terre crue).
Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Fouille de la partie nord-est
    Le 16 mars 2020 : fouille de la partie nord-est du petit bâtiment - à la pelle, Pascal Mary ; aux relevés de terrain, Adonis Jeannès. En arrière-plan, à gauche, on repère encore l’unité de radiographie.
    Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Fouille de la partie sud-est
    le 16 mars 2020. L’angle sud-est est dégagé ; fouille fine à l’intérieur du bâtiment, par Corentin Bossard ; Adonis Jeannès s’occupe des relevés.
    Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Fouille de l’angle sud-ouest
    Dégagement et nettoyage au niveau des murs de l’angle sud-ouest, le 16 mars 2020, par Corentin Bossard.
    Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
  • Les fondations à l’angle du bâtiment
    Nettoyage des solins? ? en gypse dans l’angle du bâtiment, le 11 mars 2020.
    Photo @ Ivan Lafarge / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Les archéologues du Bureau du patrimoine archéologique de la Seine-Saint-Denis

L’équipe de fouille actuellement sur le terrain est composée de Corentin Bossard, Antonio Da Silva, Adonis Jeannès, Ivan Lafarge, Pascal Mary, Fabien Normand, sous la direction d’Alexandre Michel, responsable d’opération. Le dessinateur Nicolas Latsanopoulos et la photographe Emmanuelle Jacquot sont régulièrement présents pour assurer la couverture iconographique du chantier. Pauline Susini-Collin s’occupe des opérations documentaires depuis Centre d’archéologie d’Epinay-sur-Seine. Patrick Morvan est chargé de la logistique et Pascal Métrot du traitement et de la conservation des mobiliers?.
Nous remercions nos collègues qui se sont improvisés photographes, comme ceux qui ont accepté d’interrompre de temps en temps leur travail afin de poser pour certaines des photographies présentées dans cette rubrique.

L’équipe prend la pause
Une photographie "spéciale Journées européennes de l’archéologie" !
Les archéologues ont imaginé avec la photographe une chorégraphie un peu décalée... Rire et partager des moments de détente sont essentiels pour maintenir la cohésion de l’équipe et la bonne ambiance sur les chantiers !!!
Photo © Emmanuelle Jacquot / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis
  • L’équipe prend la pause
    Séance photo pour Pauline Susini-Collin lors de la pesée des petits mobiliers? ?.
    Photo © Patrick Morvan / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis
  • L’équipe prend la pause
    Lors d’une pause, séance-photo sur le terrain. Pascal Mary accepte de reprendre la pelle pour poser en tenue de travail "exceptionnelle".
    Photo @ Fabien Normand / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Visites du chantier de fouille : tous les vendredis après-midi - attention, en raison de la crise sanitaire actuelle, les visites sont suspendues jusqu’à nouvel ordre.