Contrat d’échange entre entre Marguerite de Lorme veuve Gentien et Baptiste de Bermont. - 1612, 29 janvier

Titre
Contrat d’échange entre entre Marguerite de Lorme veuve Gentien et Baptiste de Bermont.
Type de document
source écrite
Date d’Édition
1612, 29 janvier
Service producteur
Service du patrimoine culturel de la Seine-Saint-Denis
Texte

Jean Baptiste de Bermond, conseiller du roi en son conseil d’Etat, maître des requêtes ordinaires de son hôtel, est un bon exemple de ces rassembleurs de terres issus du service du roi qui remodèlent profondément la structure? de la propriété en Ile-de-France au 16e et 17e siècle. Son enracinement à Tremblay et Villepinte débute en 1606 par deux achats de terre ; il s’accélère à partir de 1609 et est consacré en 1620 par l’acquisition de la ferme de Conac d’une part, du fief du Moussel d’autre part, ce qui lui permet de se parer désormais du titre de seigneur de Tremblay puisque ce fief est indépendant de la prévôté de l’abbaye de Saint-Denis. En une quinzaine d’années il investit ainsi 5872 livres tournois, l’acquisition de la ferme de Conac se faisant moyennant la constitution d’une rente de 1500 livres tournois. Dans les années 1640-1650, ses enfants, Jean Baptiste et Martin, tous deux parlementaires, agrandissent les possessions tremblaysiennes de la famille par des acquisitions d’un montant de 2753 livres tournois. En 1663, ils détiennent ainsi en indivision 179 hectares, soit trois exploitations en corps de ferme – Conac, le Moussel et les Tournelles – et une quarantaine d’autres pièces de terres. Ce sont les plus gros propriétaires de la prévôté, exception faite de l’abbaye. Les Bermond, père et fils, attachent, comme la plupart des propriétaires urbains, une importance toute particulière à la constitution d’un grand clos auprès de leur demeure campagnarde, en l’occurrence l’hôtel des Tournelles. 26 des 68 transactions réalisées entre 1606 et 1663 se rattachent de fait à cet objectif ; d’autres transactions n’ont par ailleurs pour but que l’acquisition de biens ensuite échangés contre d’autres permettant l’agrandissement du clos : en 1612, Raoullant de Neufbourg, conseiller du roi, délaisse ainsi à Jean Baptiste de Bermont un quartier de terre attenant au clos de ce dernier, le long de la ruelle de la Fontaine, et reçoit en échange quatre arpents et demi de terres agricoles à prendre dans une pièce plus grande ; en 1615, Perette du Barle, veuve Aman Ganneron, marchand mercier à Tremblay cède tous ses droits sur un jardin enclavé dans le clos et reçoit en échange à bail une maison que Jean Baptiste de Bermond a acquise quelques jours auparavant de Charlotte Therouenne, veuve Pierre Canard, marchand laboureur à Savigny ; en 1657, Eustache Charbonnier, batteur en grange, cède une maison située en face à l’entrée de l’hôtel des Tournelles en échange d’une maison plus vaste que les Bermond viennent de faire rénover. Cet effort de remembrement acharné ne s’applique pas aux terres agricoles. Il n’y a pas sur ce point de démarche comparable visant à l’acquisition coûte que coûte de parcelles mitoyennes. S’il est vrai que le marché local de la terre, fort actif dans les années 1600-1620, ne peut jamais offrir que ce qu’il a, il convient de ne pas perdre de vue que l’objectif des investisseurs urbains, à Tremblay et Villepinte comme partout ailleurs en Ile-de-France, n’est pas d’optimiser les conditions de la production agricole mais d’affermir leur rente. Les vendeurs qui aliènent leur patrimoine au profit des Bermond appartiennent à la plupart des catégories de possédants : gens du même monde, comme Lazare de Sellue, conseiller du roi, qui, en 1620, vend la ferme de Conac ; bourgeois parisiens comme Jacques Robinot, maître charcutier à Paris, issu d’une famille déjà possessionnée à Tremblay et Villepinte à la fin du 15e siècle, qui liquide son patrimoine foncier local en 1611 ; artisans ruraux comme les Ganneron, Philippe, Pierre et la veuve d’Aman Ganneron, tous marchands merciers à Tremblay, qui, entre 1613 et 1615, cèdent quelques pièces de terre, une maison et un jardin ; représentants du prolétariat agraire, impliqués dans des transactions évidemment modestes, à l’image de Nicolas Renouard, manouvrier, qui, en 1613, abandonne le tiers qu’il tient par indivis de 11 quartiers de terre, un second tiers étant délaissé en 1623 par son frère Pierre, berger. L’essentiel des transactions concernent toutefois des laboureurs aux trajectoires sociales contrastées : certains, comme le Court, les Rousseau, les Vallet sont clairement en voie de prolétarisation ; pour d’autres en revanche, comme les Bersons ou les Therouenne, les ventes sont plutôt destinés à accroître un capital leur permettant d’asseoir leur position de fermiers, candidats aux baux des grosses exploitations ; eux-mêmes ne tarderont d’ailleurs pas à se muer à leur tour en rassembleurs de terre. On remarquera qu’une partie des acquisitions se fait sur créances : en 1654, Philippe Papelard, meunier de Tremblay, abandonne 40 perches de jardin contre remise d’une dette de 593 livres contracté par son père et correspondant aux arriérés du bail du moulin, qui appartient aux Bermond ; la même année, Nicolas Haué, laboureur à Tremblay délaisse une place en masure de 22 perches située en face de l’hôtel ces Tournelles contre remise des arrérages de la rente qui grève le lieu, dont on peut légitimement se demander si elle n’a pas été constituée précisément à fin de servir d’instrument d’acquisition ultérieure. Les Bermond liquident leur patrimoine foncier entre 1663 et 1666 au profit de l’abbaye. L’acte ci-après donné est un contrat d’échange par lequel Baptiste de Bermond cède à Marguerie de l’Orme, veuve de Nicolas Gentien, une pièce de terre d’un arpent et demi 13 perches prise dans une pièce plus grande sise au lieu dit le chemin des Voyeux contre trois quartiers neuf perches de terre situés dans le clos des Tournelles, le long de la rue Neuve.

Localisation
Archives nationales, Paris
Cote
S 2325 B
Fichier numérique
documents/adn_s2325b
Vedette
AN S 2325 B