Emmanuelle Jacquot

16 septembre 2020

Photographe d’archéologie

EMMANUELLE
Photo © Emmanuelle Jacquot / BPA / Conseil départemental de Seine-Saint-Denis
J’ai fait ma première expo photo au lycée en seconde (en remplacement d’un exposé), puis j’ai enchainé sur des études d’histoire, ma seconde passion, sans toutefois cesser de prendre des photos. Finalement, après quatre ans d’études d’histoire et d’archéologie, je suis revenue à mes amours premières et j’ai décidé de vivre de mes photos. S’en sont suivis dix ans de vaches plutôt maigres : photos de spectacles de rue, cafés-théâtres, albums de mariages, des portraits et beaucoup de voyages en Europe, Afrique, Australie.

Puis tous les fils se sont emmêlés, on m’a proposé de faire des photos d’archéologie et depuis, je n’ai plus quitté ce domaine.

Ce que j’aime, c’est la grande diversité, le changement permanent.

Jamais deux journées semblables, un jour en studio, un autre sur le chantier.

Par mes photos, j’essaye de montrer ce que les archéologues découvrent, j’essaye de le rendre compréhensible par les non-spécialistes. Il faut une bonne part d’imagination pour reconstituer ce qu’il manque et par mes photos, j’essaye de combler cette distance.

Et cela que ce soit sur le chantier, ou en studio pour les objets.

On peut dire que j’essaye de traduire ce que l’archéologue voit pour le rendre visible aux yeux de tous.
L’autre volet qui me passionne, c’est de montrer la vie du chantier, c’est un thème qui m’est propre, déjà quand je faisais des photos de spectacle, j’étais presque plus passionnée par les coulisses, le travail des techniciens que par les photos du spectacle lui même

Sur le chantier, j’ai aussi cette envie, une fois les photos des structures terminées, j’aime prendre l‘envers du décor. Les chantiers sont des paysages étonnants, la terre à nue, un îlot au milieu de l’environnement. On peut se croire sur la lune, au milieu des tranchées à Verdun ou en plein western suivant la saison et le chantier.

Mon rôle au sein de l’équipe est à la fois un archivage de ce que les archéologues découvrent et une passerelle vers les publics.
 
Emmanuelle Jacquot
Photographe d’archéologie

Femme et photographe : retour sur 32 ans de carrière

Comment en es-tu venue à travailler dans un service territorial d’archéologie ?
Un peu par hasard, une amie m’a appelée pour me dire qu’on cherchait un photographe au service d’archéologie de la ville de Saint Denis. Je suis venue avec les photos que je faisais à cette époque-là, et qui n’avaient rien à voir (des photos de spectacle) et ça a marché.
Je suppose que mes études d’histoire et d’archéologie ont peut-être pesé dans la balance.

Ensuite, lorsque l’équipe des archéologues départementaux a été créée en 1991, j’ai travaillé pour eux ponctuellement en tant que photographe indépendant puis j’ai eu des CDD et enfin j’ai été titularisée en 2001.

Quel regard portes-tu sur l’évolution de ta pratique professionnelle depuis le début de
ta carrière ?

Il y a eu beaucoup de changements, au début j’étais simplement un photographe qui faisait des photos dans un cadre territorial.
Avec le temps, je suis devenue une photographe agente départementale. J’ai appris beaucoup de choses à coté de mon métier de photographe. En particulier d’un point de vue administratif avec les marchés publics mais aussi tout le côté archivage, et pérennisation de la documentation.

Par ailleurs, mon métier a suivi l’évolution du métier des archéologues. Les rythmes sur les chantiers se sont accélérés, il y a eu moins de temps à consacrer à la préparation des chantiers pour les prises de vue, il a fallu que je m’adapte. La prise de vue est devenue de ce fait moins formelle. Les photos générales, elles aussi ont changé un peu de forme et de formats
Le numérique également a provoqué de gros chamboulements. Aujourd’hui je travaille à la fois en numérique et en argentique.

L’archéologie est l’un de ces champs d’activité qui se sont considérablement féminisé au cours des trois dernières décennies. Quelles réflexions cette évolution t’inspire-t-elle ?
Je trouve que c’est bien, et que c’est normal. C’est l’inverse qui serait incompréhensible.
L’ensemble de la société évolue, même si c’est très lent.

L’archéologie se féminise mais les postes de direction restent très majoritairement occupés par des hommes. Quel est ton avis ?
Je n’ai pas vérifié pour l’archéologie, mais les postes de direction sont majoritairement occupés par des hommes partout, dans tous les domaines. La féminisation est en marche mais elle n’est pas encore aboutie.
Les postes de direction, mieux payés et plus valorisants socialement, attirent encore plus souvent les hommes que les femmes, parce que les femmes n’ont pas forcément autant de temps à consacrer à leur carrière mais peu à peu cela va changer, en archéologie aussi.

Galerie des portraits des femmes du bureau du patrimoine archéologique