(En)quête de patrimoine #9. Eté 2022 : Les maisons sur catalogue

(En)quête de patrimoine #9. Eté 2022 : Les maisons sur catalogue

15 juillet 2022 , par Hélène Caroux

Suivez au fil des mois les avancées des découvertes de l’inventaire.

En septembre 2020, le Service du patrimoine culturel du Département de la Seine-Saint-Denis lançait la première édition de l’inventaire participatif (En)quête de Patrimoine. Prenant comme thème Qui a bâti le Grand Paris ?, cet inventaire qui en est aujourd’hui à sa 3e édition, permet aux habitants, curieux du patrimoine ou arpenteurs urbains de recenser les signatures d’architectes, entrepreneur.euse.s, sculpteur.rice.s qui ont bâti le Grand Paris.

En cette période de vacances d’été, près de 16 000 signatures ont été identifiées au sein de 200 villes du Grand Paris. 9 583 le sont à Paris, 2544 en Seine-Saint-Denis et 1790 dans les Hauts-de-Seine. Le Val-d’Oise et l’Essonne restant à ce jour, les départements les moins couverts par cet inventaire, mais rien n’est encore terminé !

Les maisons sur catalogue

Catalogue de l’Entreprise Parisienne de bätiment (1935)
Bibliotheque du Service régional de l’Inventaire d’Ile-de-France, B320.COL(1)

L’inventaire participatif recense sans distinction les constructions quels que soient leur ancienneté, leur qualité architecturale ou urbaine ou encore leur état d’entretien. En effet, il se veut une ressource cartographiée et illustrée des bâtiments qui portent encore aujourd’hui la signature de leur constructeur et parfois décorateur. C’est ainsi, que figurent parmi les données des Maisons Pierre, entreprise qui remonte à 1984 ou, plus ancienne, les Maisons Berval, fondée en 1932. A l’instar de cette dernière, la construction de maisons sur "catalogue" est une pratique ancienne. Au XXe siècle, certains architectes éditaient des ouvrages présentant leurs réalisations, avec coûts et plans à l’appui. Progressivement et particulièrement après la Première Guerre mondiale, des entreprises se constituent et se multiplient, diffusant à travers des encarts publicitaires et des catalogues, des constructions bon marché, mais aussi des villas, pavillons en tous genres et pour tous les goûts.

Avec le développement des lotissements, la demande de maisons individuelles est forte, qu’elles soient sous forme de chalet en bois ou de pavillon? en dur. Si des architectes locaux, des entrepreneurs, ou encore des sociétés d’épargne répondent ponctuellement à ces besoins, des entreprises spécialisées dans ce domaine vont progressivement s’imposer sur le marché. Les propositions sont multiples, il y en a pour tous les budgets et pour tous les styles. Séduisantes par leur facilité de paiement, et a priori sans mauvaises « surprises », les maisons sur catalogue connaissent un grand succès durant l’entre-deux-guerres. Certaines passeront le cap de la Seconde Guerre mondiale, quand d’autres mettront la clé sous la porte. Les maisons Phénix, elles, arriveront sur le marché à partir de 1946.
Disséminées dans de nombreuses communes de la banlieue parisienne, certaines de ces maisons ont très certainement été construites dans le reste de la France. Voici quelques uns de ces constructeurs, entrepreneurs et sociétés dont on peut encore lire le nom sur les maisons.

Les établissements D. et N. Rolland Frères

Rosny-sous-Bois ; plaque des Etablissements D. et N. Rolland Frères
© Photo VacheretSR / Département de la Seine-Saint-Denis, 2021

Les établissements D. et N. Rolland Frères ont été fondés en 1909 [1] par deux frères, David et Noël, ingénieurs des Arts et Manufactures. Domiciliés 189 rue Michel Bizot (Paris 12e), ils sont dans un premier temps spécialisés dans les charpentes, avant que leurs activités ne se diversifient. Au début des années 1920, ils reconstruisent à Montreuil une usine d’activités automobiles (28 rue Kléber), puis en 1925, on peut lire dans une réclame qu’ils proposent des « chalets en bois, garages pour automobiles, abris de jardins, hangars agricoles, rendez-vous de chasse bungalows du plus simple au plus coquet modèle ».

Ils construisent en bois ou en maçonnerie, comme le modèle « Les Violettes », composé d’un soubassement? en béton, d’une élévation en brique creuse et d’une couverture en tuiles mécaniques. Celui-ci était proposé à la vente selon quatre formules, allant de la plus modeste, le type A, comportant seulement une chambre (9m²) et un salon (12m²) au plus complet, type D, où la chambre et le salon restent inchangés mais sont complétés d’une entrée, d’un porche, de WC et d’une cave accessible depuis l’intérieur de la maison. A Paris, rue Daumesnil, le nom de ces établissements figure également en façade d’un immeuble en collaboration avec G. Rondeau mais sous l’appellation d’« entrepreneurs » et non de « constructeurs », collaboration qu’ils réitèrent avec ce même architecte en 1936, cette fois à Vincennes.

  • Bondy ; signature des Etablissements D. et N. Rolland Frères constructeurs
    Abri de jardin ou chalet, cette petite construction porte encore aujourd’hui la plaque visible en partie haute et centrale.
    © Photo Papyrus / Département de la Seine-Saint-Denis, 2021
  • Aulnay-sous-Bois ; pavillon? des Etablisssements D. et N. Rolland Frères
    © Photo Papyrus / Département de la Seine-Saint-Denis, 2021

Entreprise Marcel et Gustave Netter

Pavillons-sous-Bois ; plaque Entreprise Marcel Netter
© Photo Papyrus / Département de la Seine-Saint-Denis, 2021

Se qualifiant d’industriel dans les statuts de cette société, Marcel Netter fonde l’entreprise éponyme, devenue, après son association avec son cousin, Marcel et Gustave Netter puis Entreprise Netter. Celle-ci peut se prévaloir en 1925 de la construction de 2000 maisons en banlieue et de 80 modèles disponibles. Son succès est tel qu’elle commence à ouvrir des agences sur l’ensemble de la France, conservant son siège social dans le 8e arr. à Paris, au 40 rue des Mathurins. En 1932, lorsque cette société change ses statuts, est rappelé dans son article 3 que son objet social reste : « Toutes entreprises de constructions d’immeubles, maisons de rapport, immeubles commerciaux industriels ou d’agrément ; l’achat et la vente sous toutes ses formes, le lotissement, l’échange, l’aliénation, le louage, l’affermage, l’exploitation, la gérance de tous terrains, biens immobiliers, bâtis ou non bâtis, et en général, toutes opérations foncières et immobilières, tant en France que dans les colonies ou pays, de protectorat français ou assimilés. » [2].

En 1935, elle affiche 7000 pavillons édifiés en quinze ans dans la banlieue de Paris et dans la région de Marseille, continuant inlassablement son expansion. Une agence ouvre en 1935 à Nantes [3], puis à Avignon et un an plus tard, cette entreprise conquiert la Bretagne. Sur la base de plans identiques, la diversité des styles de maisons proposées (régionaliste, moderne, Art déco…) fut un atout considérable qui contribua à sa popularité. A ce jour, une quinzaine de signatures ont été répertoriées sur des pavillons à Chaville, Dugny, Clamart, Stains… ainsi que sur deux immeubles, l’un Art deco à Pantin en 1934, avec l’architecte-ingénieur Eugène Bruyneel, l’autre à Montreuil, daté de 1923, en collaboration avec Charles Oudot, architecte.

  • Thiais ; Maison signée de la plaque "Entreprise Marcel Netter"
    Photo 1certain93 / Département de la Seine-Saint-Denis, 2022
  • Samois-sur-Seine ; Maison signée "Entreprise Netter"
    Photo 1certain93 / Département de la Seine-Saint-Denis, 2022
  • Fontenay-sous-Bois ; Maison signée "Entreprise Netter"
    Photo 1certain93 / Département de la Seine-Saint-Denis, 2021

Les Chaumières

Bondy ; plaque de l’entreprise "Les Chaumières"
Photo 1certain93 / Département de la Seine-Saint-Denis, 2022

Moins courante, cette signature n’a pour l’instant été identifiée qu’une seule fois. Pourtant cette entreprise générale de construction installée à deux pas de l’avenue des Champs-Élysées (rue du Colisée, Paris 8e) revendiquait « vendre au meilleur prix, les villas et pavillons, de meilleur goût ».
La Foire de Paris était une vitrine qu’aucune entreprise ne pouvait manquer. Certaines avaient plus de chance de se faire distinguer, comme nous le rappelle avec modestie cette entreprise « Le clou de la Foire de Paris de 1939 a encore été, comme toutes les années précédentes, cette villa, création parfaite de l’entreprise » [4].

  • Les Chaumières : page de son catalogue (sd)
    Bibliotheque du Service régional de l’Inventaire d’Ile-de-France, ARC 249 (1)
  • Bondy ; Maison signée "Les Chaumières"
    Photo 1certain93 / Département de la Seine-Saint-Denis, 2022