Ensemble de logements HBM, Cité 212 - Les Carrières

Ensemble de logements HBM, Cité 212 - Les Carrières

cité 212 - résidence Germain Dorel - Les Carrières

18 novembre 2018

Au nord du terrain d’aviation de l’aéroport du Bourget, l’architecte Germain Dorel (1889-1970) réalise entre 1933 et 1934 cet ensemble de logements HBM sur la commune du Blanc-Mesnil. Celui-ci est commandité par la société anonyme d’HBM du Foyer du Progrès et de l’Avenir. Germain Dorel est d’ailleurs l’administrateur de la société qui va bénéficier des crédits créés par la loi Loucheur de 1928. L’ensemble est équipé de locaux commerciaux et d’activités en rez-de-chaussée sur l’avenue et chemin de Notre-Dame dès la réalisation.
Cependant, dans un premier temps, le projet que porte l’architecte Germain Dorel au Blanc-Mesnil a une forme bien différente. En 1931, alors administrateur de la société anonyme d’HBM La Cité, Dorel prévoit une importante « cité-jardin » route de Flandres à proximité immédiate de l’aérogare du Bourget. Ce terrain d’environ 54 hectares, au sud-est de la Nationale 2, se situe sur les communes de Dugny et surtout du Blanc-Mesnil. Dorel envisage, en premier lieu, une tranche d’un peu plus de 300 pavillons (traditionnel et à toit-terrasse) en accession à la propriété et la création de neuf voies nouvelles, puis une vaste extension comptant pas moins de 51 voies nouvelles, des emplacements réservés pour une église, des écoles, un parc communal. Excentré, ce terrain pourrait être bientôt desservi par le prolongement d’une ligne de tramway. Germain Dorel parvient à en convaincre l’Amicale de la Préfecture de police qui parraine le projet. Celui-ci est suffisamment avancé pour faire l’objet d’affiches à l’automne 1931. Au début de l’année 1932, la société change de nom puis le projet rencontre des difficultés qui le font échouer. En 1933, à la tête d’une nouvelle société et de nouveaux subsides, Germain Dorel peut enfin construire sur ces terrains. Il édifie un ensemble de collectifs qui rompt totalement avec le projet initial.
Influencé par le Karl Marx Hof viennois de Karl Ehn (1927), une référence forte des années trente, cet ensemble en reprend la composition générale, les arches et les façades très expressives. Communément dénommée « cité 212 », cet édifice est pour Dorel un approfondissement, il a en effet bâti à Colombes une cité placée sous la même influence viennoise. À une centaine de mètres de la cité 212, mais à Dugny, il a également construit pour le même maître d’ouvrage une cité HBM de moindre importance (cité Pont-Yblon, 1932-1933, 234, avenue du 8 mai 1945, Dugny). Orientée sud-est, nord-ouest la cité 212 est implantée parallèlement à l’avenue. Elle se compose de sept immeubles parallèles : 4 immeubles-barres structurent fortement l’ensemble où s’enchâssent trois ensembles d’immeubles de taille moindre, délimitant ainsi sept cours intérieures. En rez-de-chaussée, chacun des immeubles-barres est percé d’un large passage / porche en demi-lune qui relie les cours intérieures et organise toute la composition.
Ce choix du porche renforce l’expressivité des façades où Dorel multiplie matériaux, formes et couleurs : carreaux rouges, grès cérame rose, enduit tyrolien de couleur jaune, enduit blanc sur soubassement gris. Le caractère très plastique des façades est encore accentué par les cages d’escaliers et les balcons saillants, l’alternance des élévations de trois et quatre étages soulignés par un coloris, un matériau ou des détails architecturaux.
Fruit? des normes HBM O de l’époque (de 18 m2 à 54 m2 pour les 4 chambres), la petitesse des logements surprend. L’appartement témoin conservé par l’association « chez Germain » permet de découvrir ces conditions de logement caractéristiques de l’avant-guerre (appartement de 25 m2 : petite entrée, toilettes individuelles, salle à manger / salon, chambre, cuisine / salle de bains avec évier, mais aussi bac à douche, l’ensemble est équipé de l’eau courante et de l’eau chaude, du gaz et de l’électricité).
Dans cette œuvre complexe, très soignée, Dorel réunit toutes les tendances qui ont marqué l’entre-deux-guerres : le style « Paquebot » avec les hublots qui signalent le départ des escaliers et les balcons très saillants, Moderne avec le recours au toit terrasse, les cages d’escalier vitrées sur toute l’élévation, Art déco avec l’usage des mosaïques, des couleurs et sa statuaire très caractéristique de ce style. En effet, les porches sont surmontés de sculptures en bas-relief sur ciment moulé où la figure féminine domine. Assez classique, mais épurée et stylisée, cette statuaire offre également des représentations plus maternelles, associant femme et enfant. A bien des égards, la cité 212 et l’aérogare du Bourget, signée par l’architecte Georges Labro, se répondent et donnent à voir une architecture très ancrée dans son époque.
Destinée aux employés du terrain d’aviation et aux ouvriers des usines environnantes - Jeanne Fontaine, première hôtesse de l’air de France et André Lapierre, mécanicien de Mermoz, y ont habité -, la cité a pâti de sa mauvaise desserte, de ce fait elle a été partiellement louée à des gendarmes-mobiles jusqu’en 1976 (desservi par le tramway, la cité devait l’être aussi par le train). Ainsi sur les 565 logements existants à l’origine, 324 furent loués par le ministère de la Guerre par convention pour y loger des gardes républicains mobiles. Logement social et logement de garde-mobiles ont cohabité de 1936 à 1976, pendant la guerre, une partie des appartements fut également attribuée, par « réquisition régulière », à des soldats allemands.
Après 1976, la cité connaît progressivement des difficultés et la délinquance s’y développe au début des années 1990. Il est alors envisagé de détruire cet ensemble. C’est avec ce projet que la SA d’HLM Efidis achète la cité à la société du Foyer du Progrès et de l’Avenir. Protégée le 21 février 1996 par une inscription à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques (façades, toitures, cages d’escalier, sol de la parcelle), la cité 212 a bénéficié en 1998-2000 d’une restauration-réhabilitation de qualité menée en concertation étroite avec l’actuel propriétaire, le bailleur social Efidis. Agrandis, les appartements sont désormais moins nombreux, l’ensemble en compte aujourd’hui 497.

Date de construction
1933-1934
Organisme
service du patrimoine culturel de la Seine-Saint-Denis
Date de rédaction
01/06/2004
Code site
007inv048
Date de découverte ou d'enquête
2004
Source
inventaire départemental
Auteur
Dorel Germain (architecte)
Qualification de datation
campagne(s) de construction
Maitre d'ouvrage
Société anonyme d’HBM du Foyer du Progrès et de l’Avenir
Protection Monument Historique
Inventaire supplémentaire MH
Parties constituantes
commerces et activités
Date initiale
1925
Date de fin
1949
Intérêt
remarquable

Illustrations

Le Blanc-Mesnil, projet de pavillon, document publicitaire.

Le Blanc-Mesnil, projet de pavillon?, document publicitaire.
N° 20400 - jpg - 600 × 354 pixels Détails
Crédits © Département de la Seine-Saint-Denis
Dimensions 600 × 354 pixels
Résolution 0.2 Mpx
Poids 9.8 ko
Date 14 décembre 2007
Fichier 20400_pleinecran.jpg

Le Blanc-Mesnil, projet de pavillon, document publicitaire.

Le Blanc-Mesnil, projet de pavillon?, document publicitaire.
N° 20401 - jpg - 600 × 387 pixels Détails
Crédits © Département de la Seine-Saint-Denis
Dimensions 600 × 387 pixels
Résolution 0.2 Mpx
Poids 9.8 ko
Date 14 décembre 2007
Fichier 20401_pleinecran.jpg

Cité 212

Cité 212 ; vue de la façade très travaillée avec son enfilade de porches ; époque contemporaine ; (...)
N° 1344 - jpg - 600 × 475 pixels Détails
Crédits Photo Stéphane Asseline - Département de la Seine-Saint-Denis © Adagp 2003 - Inventaire général
Dimensions 600 × 475 pixels
Résolution 0.3 Mpx
Poids 9.8 ko
Date 4 octobre 2004
Fichier 1344_pleinecran.jpg

Cité 212

Cité 212 ; vue de l’une des cages d’escaliers ; époque contemporaine ; 2e quart 20e siècle ; (...)
N° 1343 - jpg - 600 × 449 pixels Détails
Crédits Photo Stéphane Asseline - Département de la Seine-Saint-Denis © Adagp 2003 - Inventaire général
Dimensions 600 × 449 pixels
Résolution 0.3 Mpx
Poids 9.8 ko
Date 4 octobre 2004
Fichier 1343_pleinecran.jpg

cité 212 - résidence Germain Dorel - Les Carrières - Le Blanc-Mesnil

N° 10879 - jpg - 600 × 450 pixels Détails
Crédits Photo Benoît Pouvreau © Département de la Seine-Saint-Denis
Dimensions 600 × 450 pixels
Résolution 0.3 Mpx
Poids 9.8 ko
Date
Fichier 10879_pleinecran.jpg

Cité 212

Cité 212 ; vue de l’une des sculptures en bas-relief surmontant les porches ; époque contemporaine (...)
N° 1342 - jpg - 600 × 449 pixels Détails
Crédits Photo Stéphane Asseline © Département de la Seine-Saint-Denis - Inventaire général
Dimensions 600 × 449 pixels
Résolution 0.3 Mpx
Poids 9.8 ko
Date 4 octobre 2004
Fichier 1342_pleinecran.jpg
Type d’étude et de recherche

Localisation
  • 212 avenue du 8 mai 1945 ; rue Juste Héras ; chemin de Notre-Dame
  • Cité 212
    Cité 212 ; vue de la façade très travaillée avec son enfilade de porches ; époque contemporaine ; 2e quart 20e siècle ; 1933-1936.
    Photo Stéphane Asseline - Département de la Seine-Saint-Denis © Adagp 2003 - Inventaire général
  • Cité 212
    Cité 212 ; vue de l’une des cages d’escaliers ; époque contemporaine ; 2e quart 20e siècle ; 1933-1936.
    Photo Stéphane Asseline - Département de la Seine-Saint-Denis © Adagp 2003 - Inventaire général
  • cité 212 - résidence Germain Dorel - Les Carrières - Le Blanc-Mesnil
    Photo Benoît Pouvreau © Département de la Seine-Saint-Denis
  • Cité 212
    Cité 212 ; vue de l’une des sculptures en bas-relief surmontant les porches ; époque contemporaine ; 2e quart 20e siècle ; 1933-1936.
    Photo Stéphane Asseline © Département de la Seine-Saint-Denis - Inventaire général
Chronologies

Auteurs / protagonistes

Protections documentées
Nom d’usage : Cité 212
Mode : inscription MH
Date de mise en place : 1996/02/21
Objet de la protection : Façades et toitures des immeubles barres, cages d'escalier, sol de la parcelle AB209. Les bâtiments latéraux de clôture ne sont pas protégés).
Autres protections (Le Blanc-Mesnil)