Fouille archéologique de La Motte à Bobigny (Seine-Saint-Denis)

Fouille archéologique de La Motte à Bobigny (Seine-Saint-Denis)

26 mars 2020 , par Adonis Jeannès, Caroline Hoerni

Opérations d’archéologie préventive à Bobigny

Une trentaine d’opérations d’archéologie préventive? ont eu lieu depuis 1992 à Bobigny, dans une zone d’une cinquantaine d’hectares située entre le rû de Montfort, la route de Saint-Denis à Chelles, et la route de Paris à Senlis. Ces interventions ont révélé la présence de sites d’époque gauloise (de la fin du IVe siècle à la fin du Ier s. av. notre ère) et romaine (du début du Ier siècle au milieu du IIIe s. de notre ère) d’un grand intérêt historique, patrimonial et scientifique. Les découvertes les plus remarquables se situent au niveau de la ZAC de la Vache à l’Aise, de l’hôpital Avicenne et du Parc départemental des sports de la Motte, actuellement en cours de fouille. Ce chantier d’archéologie préventive est particulièrement intéressant non seulement par la densité des vestiges découverts mais aussi par sa proximité avec les sites susmentionnés.

La fouille sur le site du stade départemental de La Motte

En vue de l’édification d’un équipement dédié à la pratique handisport (le pôle de référence inclusif sportif métropolitain, dit Prisme) qui sera opérationnel à l’été 2023, le Bureau du patrimoine archéologique du Département de la Seine-Saint-Denis a mené une opération de diagnostic archéologique entre les mois de février et d’octobre 2015. Le diagnostic s’étant révélé positif, une fouille a été prescrite par les services de l’État sur l’ensemble de la zone et confiée au service archéologique du Département. Réalisée en deux phases, son emprise couvre la surface de deux terrains de sports, soit 14300 m2.
Les archéologues départementaux, sous la direction du responsable d’opérations Alexandre Michel, fouillent depuis novembre 2016. Dans le cadre de cette opération, le recours à des moyens mécanisés est nécessaire pour le décapage du site et la fouille en elle-même : pelles mécaniques, tombereaux et camions-bennes permettent aux archéologues de travailler à grande échelle, de traiter les structures plus rapidement, de manière à rendre le terrain aux aménageurs dans les meilleurs délais.

Phase 1

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Phase 1 : vue de drone
Vue de drone de la première phase de fouille du site de La Motte (2017).
La zone fouillée se situe à l’angle des rues Marcel Cachin et Lautréamont. Vue sur les bâtiments de l’hôpital Avicenne, côté rue Lautréamont ; vue sur la tour de l’Illustration, côté rue Marcel Cachin.
Photo © Emmanuelle Jacquot / BPA / CD93

Durant la première phase de fouilles (nov. 2016- juillet 2018), qui portait sur la partie nord du site, l’équipe a exhumé de nombreux vestiges qui confirment une occupation du site à l’époque gauloise (IIIe - Ier siècle av. notre ère) et romaine (Ier- IIIe siècle de notre ère). Cette présence humaine se caractérise non seulement par des structures excavées comme des fosses, des fossés et des trous de poteaux, mais aussi par le mobilier retrouvé. Il s’agit entre autres de monnaies, d’éléments de parures (fibules? en alliage cuivreux ou bracelets en lignite? par exemple), de productions céramiques (notamment de la céramique? sigillée? romaine avec sa couleur rouge très reconnaissable et ornée de motifs floraux), de fragments de meules, d’objets en verre (surtout des perles et des fragments de bracelets en pâte de verre bleu cobalt décorés de baguettes jaunes et de reliefs de vague) ou en métal (comme des clous et des fragments d’outils). L’ensemble de ces éléments nous renseigne sur le quotidien des habitants du site. A l’heure actuelle, la nature exacte de ces occupations n’est pas déterminée. L’ensemble de la documentation brute (les mobiliers, les relevés de terrain...) est analysée en parallèle par les archéologues lors de la phase dite de post-fouille.

Phase 2

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Phase 2 : vue de drone
Vue de drone de la seconde phase de fouille du site de La Motte (2019).
La zone fouillée se situe le long de la rue Marcel Cachin. Vue sur la tour de l’Illustration.
Photo © Emmanuelle Jacquot / BPA / CD93

La seconde phase de fouilles a débuté en septembre 2018 sur la partie orientale et méridionale du site, la plus proche du ru de Montfort?, à un peu plus de 200 mètres du cours d’eau, actuellement souterrain. Là encore, des vestiges protohistoriques et antiques ont été identifiés. Le décapage mécanique a permis de mettre au jour un chemin empierré qui suit un axe nord-est / sud-ouest. Celui-ci croise un autre chemin, lui aussi empierré, mais de plus petites dimensions et qui semble moins bien conservé. Plusieurs bâtiments (au moins neuf à ce jour) dont la fonction reste à définir, s’alignent de part et d’autre de cette voirie. Ils témoignent d’une organisation spatiale précise, en cours d’étude. Une sépulture d’homme adulte a également été retrouvée dans une fosse d’inhumation, les archéologues travaillent sur sa datation. Au cours de cette phase, de nombreux mobiliers ont également été mis au jour, dont un sesterce en bronze d’Hadrien? représentant l’empereur à l’avers et une galère romaine au revers, ou encore une semelle de chaussure.

Pour découvrir le site et rencontrer l’équipe sur le terrain, des visites gratuites sont organisées le vendredi après-midi. Dans les circonstances actuelles, le chantier est arrêté, et ce jusqu’à nouvel ordre. Dès que nous reprendrons nos activités, nous serons heureux de vous recevoir. Vous pourrez vous inscrire ici.

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Vue de la voie romaine mise au jour à l’automne 2019
Photo © Emmanuelle Jacquot / BPA / CD93

L’archéologie préventive? en quelques mots

"L’archéologie préventive, qui relève de missions de service public, est partie intégrante de l’archéologie. Elle est régie par les principes applicables à toute recherche scientifique. Elle a pour objet d’assurer, à terre et sous les eaux, dans les délais appropriés, la détection, la conservation ou la sauvegarde par l’étude scientifique des éléments du patrimoine archéologique affectés ou susceptibles d’être affectés par les travaux publics ou privés concourant à l’aménagement. Elle a également pour objet l’interprétation et la diffusion des résultats obtenus."

Article L521-1 du Code du patrimoine

Qu’est-ce qu’une opération d’archéologie préventive ?
Sur l’ensemble du territoire national, le Code du patrimoine prévoit que les demandes de permis pour des travaux d’aménagements peuvent faire l’objet d’une transmission au préfet de région afin qu’il apprécie les risques d’atteinte au patrimoine archéologique et qu’il prescrive, le cas échéant, des mesures d’archéologie préventive.
Ainsi, lorsqu’un projet d’aménagement menace des vestiges archéologiques, le préfet de région prescrit une opération archéologique sur la zone concernée par les travaux à venir : un diagnostic ou une fouille. Sur la base d’un compromis avec l’aménageur, une modification du projet d’aménagement peut également être prescrite : le projet initial est modifié de manière à préserver les vestiges, sans qu’il soit nécessaire d’entreprendre une fouille.
C’est un opérateur d’archéologie préventive autorisé par l’État qui mène ensuite l’opération archéologique proprement dite - le diagnostic ou la fouille. Elle se déroule toujours sous le contrôle des services déconcentrés de l’État : les services régionaux de l’archéologie (SRA?), au sein des Drac (directions régionales des affaires culturelles). Toute opération fait l’objet d’un rapport final remis au SRA.
Ces opérations sont financées par les aménageurs, privés ou publics, de manière directe ou indirecte selon la nature de l’intervention prescrite, parfois avec l’aide de l’État. Les diagnostics sont ainsi financés par une redevance versée systématiquement, tandis que les fouilles sont financées directement par l’aménageur.

Pour en savoir plus sur l’archéologie préventive et les actions de l’État, vous pouvez visiter le site du Ministère de la culture et de la communication et de la Drac Île-de-France. Le numéro 133 des Nouvelles de l’archéologie, Financement et réglementation étatique de la pratique de l’archéologie (fin XIXe- début XXe siècle), retrace les évolutions de la réglementation de l’archéologie des années 1880 aux années 2010.