Grands ensembles de la Seine-Saint-Denis

15 décembre 2018

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grands ensembles

En 1963, Yves Lacoste, géographe, définit ainsi les grands ensembles : « Le grand ensemble est une masse de logements organisée en un ensemble. Cette organisation n’est pas seulement la conséquence du plan-masse ; elle repose sur la présence d’équipements collectifs (écoles, commerces, centre social, etc.). [...] Le grand ensemble apparaît donc comme une unité d’habitat relativement autonome formée de bâtiments collectifs, édifiées en un assez bref laps de temps, en fonction d’un plan global qui comprend plus de 1000 logements environ » (Lacoste (Yves), « Un problème complexe et débattu : les grands ensembles », Bulletin de l’association des géographes français, n° 318-319, 1963). Autre point important, en application de la Charte d’Athènes, ces bâtiments collectifs sont « de grands immeubles entourés d’espaces verts », des tours et des barres de style moderne destiné à l’habitat bénéficiant d’une unité foncière. Ces logements collectifs, mais pas exclusivement, peuvent être locatifs (HLM ou privé) ou en copropriété.
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Si la définition que propose Lacoste dès 1963 reste aujourd’hui très pertinente, le nombre moyen de logements doit être revu à la baisse, un minimum de 600 logements définissant déjà un grand ensemble. En effet, depuis 1963, l’instruction du 8.04.1960 qui fixe à 1000 logements le nombre minimum pour accéder à un certain niveau d’équipements a été abaissée ; par ailleurs, les projections chiffrées optimistes sur lesquelles se fonde alors Lacoste, n’ont pas été réalisées.
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En Seine-Saint-Denis, environ 450 ensembles de logements sociaux ont été édifiés entre 1954 et 1973, représentant environ 120 000 logements sur un parc actuel d’environ 200 000 logements répartis dans 1500 ensembles. Au sein de ces 450 ensembles, seuls 40 excèdent les 600 logements, représentant environ 40 000 logements. Si l’on reprend l’échelle de Lacoste, il n’existe guère plus que 15 grands ensembles en Seine-Saint-Denis mais totalisant pas moins de 20 à 25 000 logements.
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En 1954, à la suite de l’appel de l’abbé Pierre dénonçant le manque de logements, le gouvernement répond en créant des “cités d’urgence”, mais aussi en lançant les logements “Million”, un concours abaissant le coût de construction d’un logement à 1 million de francs de l’époque. La création de la SCIC et de la SCET, deux sociétés d’économie mixte (SEM), est une autre réponse de l’État au besoin en logements et en équipements d’une France en pleine croissance.
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2008

Dans le cadre du concours Million, Georges Candilis et son équipe fournissent à la SA d’HLM Emmaüs une réponse plus pertinente que les cités d’urgence, transitoires et vite vétustes. À Aulnay-sous-Bois, à Bobigny et au Blanc-Mesnil avec l’aide de Jean Prouvé, Candilis décline une architecture simple mais de qualité, avec peu de moyens (1954-1955, chemin de Roissy, 1955-1957, avenue Paul Vaillant-Couturier et 1956-1962, rue de l’Étoile). Émile Aillaud mène lui aussi une recherche originale pour concevoir ses logements, que ce soit à la cité de l’Abreuvoir (1956-1960, OPDHLM, avenue Édouard Vaillant, Bobigny) ou aux Courtillières à Pantin (1955-1960, SEMIDEP, ODHLM et OPHLM, avenue de la division Leclerc). Au Pont de Pierre, à Bobigny, Arthur Heaume et Alexandre Persitz conçoivent pour l’OCIL un ensemble plus classique (1957, rue de l’Illustration). À Stains et Pierrefitte-sur-Seine, Jean Dubuisson signe un ensemble travaillant sur l’horizontalité, représentatif de son style (1955-1964, SCIC, rue Parmentier), tout comme Jean de Mailly à Rosny-sous-Bois (Bois Perrier, 1959-1967, SCIC). À Aulnay-sous-Bois, Jean Le Couteur utilise la brique (Balagny, 1955-1968), quand Clément Tambuté, après les tours et barres des 4000 de La Courneuve, s’inspire des courbes d’Aillaud au Clos-Saint-Lazare à Stains (1956-1963, OPHLM de Paris et 1964-1969, OPDHLM). À Épinay-sur-Seine, Daniel Michelin prend le contre-pied de la cité-jardin d’Orgemont toute proche en osant une tour d’habitation de trente étages. Vite interdit, ce type d’immeuble à grande hauteur explique la solitude de « l’Obélisque » dans le nord-est parisien (1956-1969, SCIC). Enfin, tandis que les projets d’Unités d’habitation de Le Corbusier? à Sevran et Aulnay-sous-Bois sont écartés, Jean Balladur lui rend hommage en édifiant les Rigondes à Bagnolet (1962-1964, Sarriane, avenue de Stalingrad). Si les qualités architecturales de ce que l’on nomme déjà les grands ensembles ne sont pas toujours reconnues de leurs habitants, le « confort moderne » que ces logements leur apportent est immédiatement apprécié.
Le document à inclure est le -88361
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Malgré le saut quantitatif de la construction opéré à partir de 1953 – on construit désormais plus de 100 000 logements par an, dont plus de 50 000 HLM - cette production ne parvient pas à endiguer la crise du logement. Les bidonvilles se multiplient aux portes de Paris, tandis qu’avec le retour des rapatriés d’Algérie, la demande en logements sociaux continue de croître. En créant les zones à urbaniser en priorité (ZUP), la loi du 31.12.1958 doit faciliter la construction en offrant de nouveaux terrains à bâtir. Elle ouvre aussi un nouveau front : la rénovation urbaine. Mais cette résorption des îlots insalubres et des bidonvilles démarre difficilement, freinée par les problèmes d’expropriations.
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En juillet 1964, le département de la Seine-Saint-Denis naît officiellement. Il s’inscrit dans le schéma d’aménagement et d’urbanisme (SDAU) de la région parisienne rendu public en 1965 et conçu par le District, piloté par Paul Delouvrier. C’est dans cette même période, alors que les ZUP sont massivement construites, souvent sur plusieurs communes comme à Aulnay-sous-Bois / Villepinte / Sevran, Clichy-sous-Bois / Montfermeil, que la contestation des grands ensembles débute. La presse s’empare de ce que l’on appelle « la sarcellite » et les habitants dénoncent à leur tour des grands ensembles loin de tout et sans équipements. Des architectes s’y opposent également et formulent d’autres propositions. L’atelier d’urbanisme et d’architecture, l’AUA, emmené notamment par Paul Chemetov, Jacques Kalisz ou encore Jean Perrottet, proche du parti communiste, tout comme l’atelier de Montrouge qu’animent Jean Renaudie, Gérard Thurnauer, Jean-Louis Véret et Pierre Riboulet, sont de ceux-là. Sans vraiment se démarquer du mouvement moderne?, ils veulent rompre avec le tout fonctionnel et imaginent d’associer logements, commerces et équipements publics, tels que crèches ou ateliers d’artistes, pour créer une véritable communauté d’habitants. La rénovation urbaine leur permet notamment de s’exprimer dans les années1960 et 1970. Indépendants de ces deux mouvements, Roger Anger, Pierre Puccinelli et Mario Heyman se singularisent par leurs jeux de volumes, notamment à Sevran (1972-1974, Logirep, rue G. Péri).
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En 1967, les zones d’aménagement concertés (ZAC) et le plan d’occupation des sols (POS) tentent de répondre aux critiques et de régler le problème foncier. Avec « Village-Expo », le regain d’intérêt pour le pavillonnaire s’affiche et reçoit le soutien du ministère de la Construction. À partir de 1968, la contestation généralisée de l’urbanisme technocratique et de la suprématie de l’automobile obligent le gouvernement à formuler de nouvelles réponses. La « meilleure qualité de vie » devient un objectif politique. Enfin, en janvier 1970, la mort de quatre Sénégalais et un Mauritanien, asphyxiés dans un soi-disant « foyer d’hébergement » d’Aubervilliers - en réalité, un simple pavillon? où logeaient dans cinq chambres plus de cinquante Africains - émeut l’opinion et relance l’action publique pour la résorption des bidonvilles et des îlots insalubres. La création du Plan Construction, en mai 1971, avec son Plan pour une architecture nouvelle (PAN) et ses réalisations expérimentales (REX) incite à un renouveau architectural dans le domaine du logement social.
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En octobre 1971, le ministre de l’Équipement Albin Chalandon se rend à La Courneuve et y dénonce « l’urbanisme dépassé », stigmatise la « part trop importante de personnes inadaptées », le « corps social trop lourd [...] et inassimilable ». En 1973, Olivier Guichard confirme la circulaire Chalandon dite « ni tours, ni barres », mettant un coup d’arrêt aux ZUP et aux grands ensembles.
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Pour répondre à la crise pétrolière de 1974, des économies d’énergie sont imposées. Le ministère de l’Équipement crée les « Palulos » pour mieux isoler les logements, mais aussi pour réhabiliter le logement social. Au début des années 1980, la rénovation urbaine et la résorption des bidonvilles et de l’habitat insalubre s’achèvent. Les violences urbaines de l’été 1981 révèlent une « crise des banlieues ». La commission présidée par Hubert Dubedout, député-maire de Grenoble, la politique de la Ville et « Banlieues 89 » sont les premières réponses ministérielles. Parallèlement, les premières destructions médiatiques d’HLM ont lieu, comme la barre Debussy à La Courneuve en 1986.
Le document à inclure est le -88355

La démarche expérimentale d’inventaire des grands ensembles de Seine-Saint-Denis a été initiée dans le cadre du protocole de décentralisation? culturelle signé entre l’État et le Département de la Seine-Saint-Denis en jucfin 2001. Initié à partir de juin 2002, ce travail prend place au sein d’une mission plus large d’inventaire et de valorisation du patrimoine du logement social départemental, qui a pour vocation d’améliorer notre connaissance de ce patrimoine mais entend aussi le mettre en valeur et en modifier les représentations négatives dans le cadre de sa restitution au public et notamment aux habitants de logements sociaux. Le repérage et l’inventaire des grands ensembles sur le territoire départemental ne constituent donc qu’une partie d’une mission plus globale.

Date de construction
1954-1973
Organisme
service du patrimoine culturel de la Seine-Saint-Denis
Code site
000inv999
Date de découverte ou d'enquête
2006
Source
inventaire départemental
Qualification de datation
campagne(s) de construction
Parties constituantes
Noisy-le-Grand, Gagny, Noisy-le-Sec, Pantin, Les Pavillons-sous-Bois, Pierrefitte-sur-Seine, Romainville, Rosny-sous-Bois, Saint-Denis, Saint-Ouen, Sevran, Stains, Tremblay-en-France, Villemomble, Villepinte.
Date initiale
1950
Date de fin
1974

Illustrations

Le projet des 4000 en 1959 (AM de La Courneuve)

Le projet des 4000 en 1959 (AM de La Courneuve)
N° 11634 - jpg - 600 × 364 pixels Détails
Crédits © Département de la Seine-Saint-Denis
Dimensions 600 × 364 pixels
Résolution 0.2 Mpx
Poids 9.8 ko
Date 18 octobre 2006
Fichier 11634_pleinecran.jpg

La cité des 4000 de Clément Tambuté et Henri Delacroix (1956-1966, OPHLM de Paris) à La Courneuve

La cité des 4000 de Clément Tambuté et Henri Delacroix (1956-1966, OPHLM de Paris) à La (...)
N° 11635 - jpg - 600 × 471 pixels Détails
Crédits Photo Stéphane Asseline © Département de la Seine-Saint-Denis
Dimensions 600 × 471 pixels
Résolution 0.3 Mpx
Poids 9.8 ko
Date 18 octobre 2006
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La cité des Cosmonautes d’André Lurçat (1967-1968, OPHLM / Logement dionysien), route de La Courneuve à Saint-Denis

La cité des Cosmonautes d’André Lurçat (1967-1968, OPHLM / Logement dionysien), route de La (...)
N° 11636 - jpg - 473 × 600 pixels Détails
Crédits Photo Stéphane Asseline © Département de la Seine-Saint-Denis
Dimensions 473 × 600 pixels
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Poids 9.8 ko
Date 18 octobre 2006
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La cité du Clos-Saint-Lazare de Clément Tambuté (1964-1969, OPDHLM) à Stains

La cité du Clos-Saint-Lazare de Clément Tambuté (1964-1969, OPDHLM) à Stains
N° 11637 - jpg - 600 × 479 pixels Détails
Crédits Photo Stéphane Asseline © Département de la Seine-Saint-Denis
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Date 18 octobre 2006
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La cité des Hautes Terres de Jean Dubuisson (1955-1964, SCIC), rue Parmentier conçues à Pierrefitte-sur-Seine et Stains

La cité des Hautes Terres de Jean Dubuisson (1955-1964, SCIC), rue Parmentier conçues à (...)
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Crédits Photo Stéphane Asseline © Département de la Seine-Saint-Denis
Dimensions 600 × 485 pixels
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Date 18 octobre 2006
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La cité de l’Abreuvoir d’Emile Aillaud (1956-1960, OPDHLM), avenue Édouard Vaillant à Bobigny

La cité de l’Abreuvoir d’Emile Aillaud (1956-1960, OPDHLM), avenue Édouard Vaillant à (...)
N° 11639 - jpg - 600 × 477 pixels Détails
Crédits Photo Stéphane Asseline © Département de la Seine-Saint-Denis
Dimensions 600 × 477 pixels
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Date 18 octobre 2006
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La cité du Clos des Français conçu par Henri Colboc (1956-1961, SCIC), rue Hoche, à Montreuil

La cité du Clos des Français conçu par Henri Colboc (1956-1961, SCIC), rue Hoche, à (...)
N° 11640 - jpg - 600 × 474 pixels Détails
Crédits Photo Stéphane Asseline © Département de la Seine-Saint-Denis
Dimensions 600 × 474 pixels
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000inv999 - Seine-Saint-Denis

N° 11641 - jpg - 600 × 421 pixels Détails
Crédits Photo Stéphane Asseline © Département de la Seine-Saint-Denis
Dimensions 600 × 421 pixels
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Le Bois Perrier de Jean de Mailly (1959-1967, SCIC), à Rosny-sous-Bois

Le Bois Perrier de Jean de Mailly (1959-1967, SCIC), à Rosny-sous-Bois
N° 11642 - jpg - 600 × 429 pixels Détails
Crédits Photo Stéphane Asseline © Département de la Seine-Saint-Denis
Dimensions 600 × 429 pixels
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Date 18 octobre 2006
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Carte postale

Carte postale ; cité de la Muette ; Drancy
N° 11643 - jpg - 600 × 370 pixels Détails
Crédits Reproduction Stéphane Asseline © Département de la Seine-Saint-Denis
Dimensions 600 × 370 pixels
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La cité Gaston Roulaud de Marcel Lods (1955-1963, OPHLM), rue Roger Salengro à Drancy

La cité Gaston Roulaud de Marcel Lods (1955-1963, OPHLM), rue Roger Salengro à (...)
N° 11644 - jpg - 600 × 363 pixels Détails
Crédits Photo Stéphane Asseline © Département de la Seine-Saint-Denis
Dimensions 600 × 363 pixels
Résolution 0.2 Mpx
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Le grand ensemble de Stains Saint-Denis Pierrefitte publié en 1957 dans la revue Technique et Architecture.

Le grand ensemble de Stains Saint-Denis Pierrefitte publié en 1957 dans la revue Technique et (...)
N° 11645 - jpg - 542 × 600 pixels Détails
Crédits Photo Stéphane Asseline © Département de la Seine-Saint-Denis
Dimensions 542 × 600 pixels
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Poids 119.9 ko
Date 18 octobre 2006
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