L'étude ostéologique des sépultures

L’étude ostéologique des sépultures

5 juin 2021 , par Clément JOSEPH

Traitement sur le terrain des ossements humains, phase de fouille

Sur le terrain, les archéologues doivent réaliser plusieurs tâches quand ils travaillent sur une sépulture. Il faut d’abord délimiter la structure? funéraire puis la fouiller en respectant la position des ossements dégagés. Elle est ensuite photographiée, relevée à l’échelle? puis décrite dans une fiche d’enregistrement. Il faut ensuite prélever les restes humains et d’éventuels autres vestiges présents dans la sépulture. Les ossements sont conditionnés spatialement, c’est-à-dire par zone du corps (membres inférieurs, côtes, crâne...) et latéralement (droite et gauche).

Après avoir été prélevés, les os sont envoyés au laboratoire pour une étude ostéologique, c’est-à-dire l’examen des ossements.

  • Fouille de plusieurs sépultures gauloises à Bobigny, stade départemental de La Motte
    Photos © Emmanuelle Jacquot / Département de la Seine-Saint-Denis, 2020 et 2021

Traitement des ossements humains au laboratoire, phase de post-fouille

Au laboratoire, avant de procéder à l’étude ostéologique proprement dite, il faut laver les os, afin d’enlever la terre. C’est aussi le moment de l’observation : on vérifie que l’on a bien un seul individu ; on peut également retrouver des restes de faune qui sont alors isolés des os du défunt… Une fois le lavage effectué et les os séchés, on pèse les restes à des fins statistiques.

  • Découverte de restes humains
    Découverte d’une sépulture protohistorique lors de la fouille de la Motte à Bobigny en mars 2021
    Photo © Clément Joseph / Département de la Seine-Saint-Denis, 2021
  • Lavage d’un crâne
    Phase de post-fouille au centre départemental d’archéologie d’Epinay-sur-Seine : lavage de restes humains découverts sur le site de La Motte

L’étape suivante est l’inventaire : il faut identifier chaque os et le latéraliser ainsi que l’ensemble des dents présentes. Tout est ensuite reporté sur une fiche de conservation, qui sera plus ou moins complète selon l’état du squelette et le degré d’approfondissement de l’étude. Il s’agit ici de constater et de noter précisément les restes qui ont survécu au temps et qui nous sont parvenus.

Plusieurs études sont ensuite réalisées :
- l’étude ostéométrique  : elle est faite sur les os longs et sur les crânes ; les os doivent être complets puisqu’il vont être mesurés. Cette étude permet notamment, pour un individu adulte, de retrouver sa taille théorique.
- la détermination de l’âge du ou de la défunt·e : elle va dépendre des restes que l’on a à disposition car il y a plusieurs méthodes utilisables. Aves des os, il est plus facile de déterminer l’âge d’un individu jeune que d’un individu âgé. Plus l’enfant est jeune, plus la méthode est fiable ! En effet, on détermine l’âge principalement avec le niveau de soudure des os. La plupart des os se soudent entre 12 et 24 ans, mais pas tous au même moment : selon l’os et son niveau de soudure, on détermine donc l’âge du défunt. Une autre méthode utilisée pour les individus de moins de 15 ans est l’observation des dents : en fonction des stades de minéralisation et d’éruption dentaire on détermine ainsi un âge théorique. Bien entendu, l’étude métrique peut compléter l’observation dentaire : il existe des tableaux de concordance des âges en fonction de la longueur des os et suivant le sexe.
- la détermination du sexe du ou de la défunt·e : elle est possible grâce à une analyse ADN, quel que soit l’âge de l’individu... mais c’est une méthode scientifique onéreuse ! On préfère donc généralement déterminer le sexe de la personne à partir des os du bassin : c’est la méthode de la DSP (diagnose sexuelle probabiliste) une méthode statistique fiable dans 98% des cas. Il faut prendre différentes mesures sur les coxaux, quatre au minimum et dix au maximum. Cette méthode fonctionne pour les adultes.
- l’examen paléopathologique : des marqueurs de carences et de pathologies sont aussi observables directement sur le squelette. On peut trouver, par exemple, sur les dents des traces de carences alimentaires. D’autres maladies laissant des traces sur les os peuvent être observés par l’anthropologue, comme l’arthrose, des maladies infectieuses ou bien encore les traumatismes (fractures).

  • Ossements déformés par des maladies, provenant de Bondy
    Photos © Emmanuelle Jacquot / Département de la Seine-Saint-Denis, 2021

Une fois ces différents examens et mesures réalisées, le fruit? des observations est enregistré dans une base de données à laquelle peuvent se référer tous les archéologues du service. Les restes humains sont inventoriés et conservés et dans une des réserves archéologiques du Département. Par la suite, on pourra compléter l’étude ostéologique de chaque individu par une étude archéologique (l’étude du contexte de découverte : la fosse d’inhumation, le sarcophage, les objets...), pour aboutir à une étude anthropologique (l’étude des rites funéraires à partir des traces relevées par les archéologues) et paléo-démographiques (études des populations anciennes) quand leur nombre le permet.

Pour aller plus loin

 En apprendre davantage sur l’intérêt de l’ostéologie pour améliorer notre compréhension des conditions de vie des individus : "L’ostéométrie humaine appliquée à l’étude des pratiques militaires anciennes"
 Savez-vous que des sépultures de pestiférés ont été découvertes à Bondy ? C’est par ici
 Découvrir la richesse de l’archéologie funéraire en Seine-Saint-Denis : téléchargez la plaquette ci-dessous

Archéo-anthropologie funéraire en Seine-Saint-Denis
Archéo-anthropologie funéraire en Seine-Saint-Denis
Patrimoine en Seine-Saint-Denis - N°18
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Clément JOSEPH, stagiaire au Bureau du patrimoine archéologique de la Seine-Saint-Denis de mars à mai 2021, est étudiant en master d’ingénierie de l’archéologie à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il a préparé cet article avec l’aide d’Adonis et la contribution de Micheline (formation en archéo-anthropologie), Emmanuelle (photographies) et Caroline (mise en ligne).