La fouille de la rue Jules-Guesde à Tremblay-en-France

La fouille de la rue Jules-Guesde à Tremblay-en-France

2 décembre 2020 , par Cristina Gonçalves-Buissart

Une dense occupation médiévale

Sur la rive droite du ru du Sausset, au Petit Tremblay, se développe à partir de la fin du Ve - début du VIe siècle un secteur l’habitat. A l’époque carolingienne, les modalités d’occupation du Petit-Tremblay témoignent d’une évolution significative ; l’organisation topographique est profondément modifiée par l’apparition, sur le site du Château Bleu, d’un habitat élitaire, à l’origine de l’hôtel des Tournelles médiéval, et d’une aire sépulcrale associée à une église au vocable de Saint-Pierre-Saint-Paul.
C’est dans ce contexte que se développe l’occupation mise au jour en 2010 à l’angle de la rue Jules-Guesde et de la rue du Cimetière.

Au Petit Tremblay, à l’angle de la rue Jules-Guesde et de la rue du Cimetière, en 1980 puis en 1985, des prospections pédestres ont permis la collecte de matériel datant du Bas Empire ainsi que de poterie à pâte granuleuse du haut Moyen Age.

En 2010, préalablement à la construction d’un ensemble résidentiel, une fouille préventive? conduite par C. Gonçalves-Buissart a confirmé la présence d’un habitat du Premier Moyen Age dont l’origine apparaît remonter à l’extrême fin de l’Antiquité avec quelques fosses et probablement deux soles de four.

Une première occupation à la transition du Bas Empire et de l’époque mérovingienne

Un premier état d’occupation est représenté par cinq cabanes excavées, deux silos, deux fosses, onze structures de combustion, trois fossés et un puits.
La taille du puits (5,40 à 5,80 de diamètre à l’ouverture et 6 m de profondeur conservée) atteste de besoins en eau importants tant pour la confection des structures de combustion et des murs en torchis des cabanes excavées que pour l’alimentation humaine et animale.

Puits GUE975 du site de la rue Jules Guesde à Tremblay-en-France
Puits GUE975 de la transition Bas Empire - époque mérovingienne, à bords évasés à l’ouverture puis avec un profil en entonnoir.
Photo @ équipe de fouille, BPA / Département de la Seine-Saint-Denis

Les structures de combustion se signalent par leur quantité et leur qualité au regard de ce qui est généralement observés sur les autres sites tremblaysiens ; à l’inverse, les cabanes excavées sont de dimensions moindres, sont moins bien conservées et comportent peu d’aménagements. Le faible nombre de silos retient également l’attention : il apparaît à cet égard probable que la conservation des grains ait été préférentiellement réalisée en greniers surélevés, quoique ceux-ci n’aient pas été clairement identifiés.

Une occupation mérovingienne bien marquée

L’occupation mérovingienne est la plus dense et la plus représentative du site. Hormis des fosses indéterminées et des trous de poteau, elle est composée notamment par huit cabanes excavées, six fossés, deux silos, un puits et sept ensembles de fours domestiques avec fosses de travail associées.

  • Fond de cabane, fours et sépulture du site de la rue Jules Guesde à Tremblay-en-France
    Fond de cabane GUE1338, batterie de fours et sépulture I.002 de l’époque mérovingienne.
    Photo @ Cristina Gonçalves-Buissart, BPA / Département de la Seine-Saint-Denis
  • Sépultures I.004 du site de la rue Jules Guesde à Tremblay-en-France
    Sépulture primaire avec deux individus immatures inhumés au sein du silo carolingien GUE1763.
    Photo @ Sabrina Parot, BPA / Département de la Seine-Saint-Denis

Cette phase est marquée également par quatre sépultures à inhumation primaire, dont une double. Parmi ces cinq individus, au moins trois reposent dans une structure? domestique en remploi (fosse polylobée, silo). L’étude paléobiologique permet de distinguer quatre immatures et un adulte de sexe et d’âge indéterminé. Si les sujets immatures sont majoritaires, on ne peut néanmoins parler de recrutement spécifique en raison de la dispersion des sépultures et de leur faible nombre. Aucune corrélation n’apparaît en tous cas entre les pratiques funéraires observées et l’âge des sujets. Si l’orientation est rigoureusement Est-Ouest, tête à l’ouest, pour chaque individu, il semble en revanche que les gestes funéraires soient diversifiés et s’adaptent au contexte de l’inhumation, comme c’est le cas pour le sujet A de la sépulture 004 déposé en position fœtale en raison du manque de place disponible dans le silo où il a été déposé.

On remarque que toutes les structures mérovingiennes sont relativement bien conservées, qu’elles ont livré un mobilier abondant et qu’elles se concentrent essentiellement dans la partie ouest du secteur 1.

Des occupations carolingienne et des Xe-XIIe siècles moins denses

La phase d’occupation carolingienne est marquée par un léger décroissement du nombre des structures ainsi que par l’abandon des cabanes excavées et des structures de combustion. Les fossés, plus nombreux dans l’angle nord-ouest du secteur 1, semblent marquer une limite mais laissent supposer la présence de vestiges sur la parcelle adjacente. La transition avec la période médiévale se caractérise par l’augmentation du nombre de silos et leur regroupement en partie sud est du secteur 1, phénomène confirmé dès le XIe siècle. Au XIIe siècle, le nombre des structures diminue avec un espace voué dorénavant à des jardins ou des cultures, les constructions se concentrant dorénavant vers l’ouest, le long de la route de Roissy.

Plan de synthèse de l’évolution du site de la rue Jules Guesde à Tremblay-en-France
Quatre grandes phases : transition du Bas Empire/époque mérovingienne, époques mérovingienne et carolingienne et Xe-XIe siècles.
DAO @ Kevin Cornet, Cristina Gonçalves-Buissart / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis

Le mobilier céramique?

Le corpus céramique comprend cinq mille cent-quatre-vingt tessons pour un NMI (nombre minimum d’individus) évalué à mille quatre-vingt-seize. La transition Bas Empire – période mérovingienne livre des productions de granuleuse à moyennes et grosses inclusions et des pâtes fines claires et sombres (4-8). Le répertoire des formes comprend principalement des formes fermées ; les formes ouvertes sont moins nombreuses et exclusivement à destinées aux pâtes fines.

Bien représentée, avec un NMI de huit-cent-quatre-vingt-onze, l’époque mérovingienne se signale par des céramiques à pâte granuleuse, fine sombre polie et sableuse sombre. Les granuleuses à moyennes inclusions sont les plus fréquentes. Les couleurs des surfaces et des fractures sont variées. Le plus souvent, les pâtes sont de teinte claire ou orange. Cette fabric est destinée à la vaisselle de cuisson ou de conservation. Soixante-sept tessons ont livré des décors à la molette. Les céramiques à pâte sableuse sombre ont un traitement de surface brut. Le répertoire des formes comprend principalement des formes.

Planche céramique? du site de la rue Jules-Guesde à Tremblay-en-France
Planche de céramiques de la transition Bas Empire - époque mérovingienne et de l’époque mérovingienne
Dessin @ Anna Guillou et Nicolas Latsanopoulos / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis

Deux-cent-quatre-vingt-quatorze tessons sont rapportables à la période carolingienne. Les productions sont en majorité en pâtes granuleuses à petites, moyennes ou parfois grosses inclusions. On relève des traces de décor peint rouge. Les poteries fines sombres polies sont faites de pâtes fines rosées parfois à cœur gris. Le répertoire des formes comprend encore principalement des formes fermées. La fin du Premier Moyen Age se signale par deux types de productions à pâte semi-fine, de couleur claire avec des traces de peinture rouge ou orange. Les bords identifiés ne révèlent que des formes fermées. Les pâtes granuleuses ont quasiment disparue.

Vous pouvez consulter les rapports d’opération de diagnostic et de fouille :

PDF - 36.7 Mo
Tremblay-en-France, rue Jules-Guesde, rue du Cimetière. Rapport de fouille archéologique.
PDF - 23.9 Mo
Tremblay-en-France, 22 rue Jules-Guesde, rue du Cimetière. Rapport de diagnostic archéologique.