Les cabanes excavées

Les cabanes excavées

19 août 2020 , par Cristina Gonçalves-Buissart

La cabane excavée, appelée aussi fond de cabane, constitue une structure? couramment observée sur les sites archéologiques, de la Protohistoire au Moyen-Âge. Les sites de la Seine-Saint-Denis en livrent de nombreux exemplaires, notamment pour la période médiévale.

Modalités de construction

La cabane excavée s’apparente à un petit bâtiment, d’assez faible superficie (16 m2 pour les plus grandes comme à Serris ou l’Arpent Ferret, en Seine-et-Marne), creusé à une profondeur inférieure à 1 mètre. La forme peut être rectangulaire, ovale, circulaire ou carrée.
Le mode de construction est simple et relativement constant : après le creusement de la fosse principale, on vient creuser les trous de poteau qui vont permettre de recevoir les éléments verticaux formant l’ossature principale des murs et qui porteront la couverture. Ensuite, est aménagé le sol d’occupation, parfois avec un plancher qui assure le rôle de vide sanitaire.
Les modes de construction les plus courants sont à deux poteaux axiaux (poteaux porteurs placés dans l’axe le plus long du bâtiment), ce qui est très fréquemment rencontré tout au long du haut Moyen Age, ou à quatre poteaux corniers (placés dans les angles du bâtiment). Dans le premier cas, la présence de deux trous de poteaux axiaux comme seuls éléments de couverture, qui soutiennent une poutre faîtière, implique l’existence d’un toit à double pente reposant directement sur le sol, à l’extérieur de l’excavation. La profondeur de la cabane permet une optimisation de l’espace interne et une circulation debout, y compris le long des parois. Dans le cas d’une faible profondeur, on peut supposer l’existence de parois dont la construction n’aurait pas laissé de traces au sol. Le modèle à quatre trous de poteaux corniers est doté d’une toiture à deux pans accrochés à une poutre faîtière et reposant, à l’extérieur de la fosse, soit sur une cloison, soit sur un solin? : dans le premier cas, la superficie de la construction se limite quasiment à celle de la fosse ; dans le second cas, la superficie intérieure peut-être augmentée par la substitution de banquettes aux murs latéraux (NICE 1994 : 37-38). L’arasement des sites ne permet toutefois pas d’étayer l’une ou l’autre des hypothèses. L’élévation est donc assez importante pour qu’un adulte de taille moyenne puisse s’y tenir debout. Certaines cabanes excavées sont dotées de davantage de poteaux : il s’agit alors d’une structure? à poteaux corniers auxquels on ajoute des poteaux axiaux ou médians, voire des poteaux supplémentaires de soutènement ou de renfort pour la toiture. Enfin, d’autres cabanes ne disposent pas de poteaux. Pour ces dernières, la toiture doit être restituée sous la forme d’une couverture à deux pans soutenus par des perches liaisonnées à leur partie supérieure et reposant directement sur le sol, à l’extérieur de la fosse.

  • Fond de cabane à deux poteaux axiaux VDS485 (RD 40, Tremblay-en-France)
    Cabane excavée à deux poteaux axiaux, mise au jour lors sur le site de la RD 40 à Tremblay-en-France.
    La structure? ? présente un trou de poteau axial au milieu de chacun des petits côtés. On remarque, de plus, la présence de deux petites fosses parallèles à l’axe faîtier, légèrement décalées dans la partie sud, et d’une troisième dans la partie nord : il s’agit là des traces d’implantation d’un métier à tisser.
    Référence structure : VDS485
    Dimensions : longueur 2,50 m, largeur 2,10 m, pour 0,60 m de profondeur conservée
    Datation : 4ème phase d’occupation du site, 11e siècle
    Fouilles : RD 40 à Tremblay-en-France en 2004-2005.
    Photo Emmanuelle Jacquot © Département de la Seine-Saint-Denis
  • Fond de cabane à poteaux corniers DEL372 (rue Delplacé, Drancy)
    Cabane excavée à quatre poteaux corniers mise au jour lors de la fouille de la Rue Delplacé à Drancy en 1999 (vue vers le nord-est).
    Référence structure? ? : DEL372
    Dimensions : 2,10 m x 3,70 m, pour une profondeur conservée de 0,45 m
    Datation : époque mérovingienne (6e - 8e siècles)
    Photo Emmanuelle Jacquot © Département de la Seine-Saint-Denis
Fond de cabane sans poteaux GUE026 (Rue Jules Guesde, Tremblay-en-France )
Vue d’un fond de cabane sans poteaux, orienté est-ouest. A l’angle nord-est, un creusement de forme irrégulière a été mis en évidence , qui marque peut-être l’entrée de la cabane.
Dimensions : 2,04 x 2,88 m ; profondeur conservée 40 cm ; superficie 5,87 m2
Datation : 4e phase d’occupation du site ; 6e - 8e siècles, période mérovingienne
Réf. structure? ? : GUE026
Fouille préventive? ? de la rue Jules Guesde, Tremblay-en-France (2010)
Photo Cristina Gonçalves-Buissart © Département de la Seine-Saint-Denis

Les parois sont clayonnées c’est-à-dire élaborées à partir de piquets et de branchages entrelacés, puis recouvertes de torchis, de la terre crue argileuse mélangée à de la paille. Cette technique de construction laisse peu de traces mais il n’est pas rare d’identifier en fouille des fragments de torchis sur lesquels on peut relever les diamètres de piquets utilisés. La couverture est sommaire et fréquemment en chaume. Ce mode de construction et les matériaux employés diffèrent peu de ce que l’on observe pour les bâtiments sur poteaux plantés de grande superficie.

Aménagements observés dans les fonds de cabanes

Les aménagements peuvent être nombreux mais leurs traces sont parfois ténues :
-  des accès, des marches et des ouvertures ;
-  des rainures : il s’agit de traces longitudinales étroites dont la disposition est très souvent située dans l’axe des poteaux faîtiers de la cabane. La fonction de ces aménagements est difficile à percevoir : sablière basse, cloison interne (cette hypothèse apparaît peu probable de par la taille des cabanes), drain (PEYTREMANN 2003 : 276) ;
-  des planchers, des vides sanitaires ;
-  des fours et des foyers ;
-  des fosses d’ancrage dont le nombre varie fréquemment de 1 à 4. Le type de cabane à deux fosses d’ancrage est le plus évident à restituer avec un métier à tisser.
Les structures sans aménagement ne donnent pas d’information sur les activités qui y étaient pratiquées.

Fond de cabane à deux poteaux axiaux VDS2453 (RD 40, Tremblay-en-France)
Fond de cabane à deux poteaux axiaux VDS2453 mis au jour sur le site de la RD40 à Tremblay-en-France. Le fond de cabane est en cours de fouille et l’on peut voir les trous de poteaux encore comblés ; les comblements se distinguent nettement du substrat? ? limoneux.
La cabane est orienté est-ouest ; deux trous de poteaux axiaux sont placés sur les petits côtés ; une marche est aménagée contre la paroi est. On relève trois fosses supplémentaires, alignées dans l’axe faîtier, et une quatrième au centre de la moitié ouest du fond de la structure? ? : il s’agit là des traces d’un métier à tisser pourvu d’une jambe de force centrale.
Dimensions : longueur 3,05 m, largeur 2,80 m ; profondeur conservée de 0,55 m.
Datation : 2e ou 3e phase d’occupation du site - Xe-XIe siècles
Structure : VDS2453
Fouille : opération préventive de la RD40, Tremblay-en-France (93)
Photo Cristina Gonçalves-Buissart © Département de la Seine-Saint-Denis
Fond de cabane à deux poteaux axiaux VDS2453 (RD 40, Tremblay-en-France)
Vue vers l’est du fond de cabane à deux poteaux axiaux VDS2453 mis au jour sur le site de la RD40 à Tremblay-en-France. La cabane est orienté est-ouest ; deux trous de poteaux axiaux sont placés sur les petits côtés ; une marche est aménagée contre la paroi est. On relève trois fosses supplémentaires, alignées dans l’axe faîtier, et une quatrième au centre de la moitié ouest du fond de la structure? ? : il s’agit là des traces d’un métier à tisser pourvu d’une jambe de force centrale.
Dimensions : longueur 3,05 m, largeur 2,80 m ; profondeur conservée de 0,55 m.
Datation : 2e ou 3e phase d’occupation du site - Xe-XIe siècles
Structure : VDS2453
Fouille : opération préventive de la RD40, Tremblay-en-France (93)
Photo Emmanuelle Jacquot © Département de la Seine-Saint-Denis
Restitution de la cabane VDS2453
Proposition de restitution de la cabane excavée VDS2453, avec trois fosses d’ancrage pour un métier à tisser
Dessin Marie Deschamp @ Département de Seine-Saint-Denis
Fond de cabane à deux poteaux axiaux VDS465 (RD 40, Tremblay-en-France)
Vue d’un fond de cabane à deux poteaux axiaux : un trou de poteau est aménagé au milieu de chacun des petits côtés. Les deux fosses légèrement décalées de l’axe faîtier sont les traces d’installation d’un métier à tisser disposé verticalement ou légèrement en oblique, contre le côté nord de la cabane. La fosse située contre la paroi nord-est (arrière-plan) n’est pas associée de façon certaine au fond de cabane.
Dimensions : forme irrégulière ; 1 m de profondeur conservée
Datation : 3e phase d’occupation du site ; 2e moitié du 10e siècle - 2e moitié du 11e siècle
Référence structure? ? : VDS465
Fouille : RD 40, Tremblay-en-France (2004-2005)
Photo Emmanuelle Jacquot © Département de la Seine-Saint-Denis
Restitution cabane VDS465
Proposition de restitution de la cabane VDS465, avec deux fosses d’ancrage pour un métier à tisser.
Marie Deschamp @ Département de Seine-Saint-Denis

Fonctions des cabanes

Les aménagements nous donnent donc une idée des activités qui pouvaient être pratiquées dans ces cabanes excavées. L’orientation également : elle est souvent considérée de manière à réduire l’exposition au vent et aux intempéries, tout en favorisant le meilleur éclairage notamment pour les cas d’un travail de précision, comme le tissage. Pour une grande partie des sites, les cabanes sont assez nombreuses autour des grands bâtiments et groupées à proximité des silos ou des structures domestiques de combustion pour former vraisemblablement des unités à finalité utilitaire et artisanale : atelier, stockage...
L’étude des mobiliers? permet également d’émettre des hypothèses quant à la fonction de ces cabanes. C’est notamment le cas avec les objets que l’on retrouve, qui peuvent témoigner d’une activité comme le filage ou le tissage : des poinçons ou broches de tisserand en os poli sont utilisés pour séparer les fils de trame? et pour les tasser au fur et à mesure de l’avancement du travail (le polissage de l’os permettait le glissement entre les trames sans les abîmer) ; on relève également d’autres objets comme les pesons, les fusaïoles ou des lissoirs.

Poinçon ou broche de tisserand CBL387/1 (Château Bleu, Tremblay-en-France)
Ce poinçon est taillé en pointe perforante dans un os long de mammifère ; la base a un profil de spatule ; le fût est convergent et de section rectangulaire
Matériau : os animal
Longueur : 9,5 cm
Datation : 11e siècle - 1ère moitié du 12e siècle
Contexte : objet issu du comblement d’un silo excavé
Réf. mobilier CBL387/1, coll. Bureau du patrimoine archéologique de la Seine-Saint-Denis
Fouilles du site du Château Bleu, Tremblay-en-France
Photo J. P. Elie © Département de la Seine-Saint-Denis
Poinçon ou broche de tisserand CBL387/1 (Château Bleu, Tremblay-en-France)
Ce poinçon est taillé en pointe perforante dans un os long de mammifère ; la base a un profil de spatule ; le fût est convergent et de section rectangulaire
Matériau : os animal
Longueur : 9,5 cm
Datation : 11e siècle - 1ère moitié du 12e siècle
Contexte : objet issu du comblement d’un silo excavé
Réf. mobilier CBL387/1, coll. Bureau du patrimoine archéologique de la Seine-Saint-Denis
Fouilles du site du Château Bleu, Tremblay-en-France
Dess. Fleur Grémont © Département de la Seine-Saint-Denis
Peson de tisserand MAL940/4, face 2 (Imprimerie du Figaro, Tremblay-en-France)
Peson plat de forme ovale, en terre brûlée, cassé en partie ; plus de la moitié est conservée.
Dimensions : long. max. 117 mm, larg. max. 68 mm, ép. max. 45 mm, pour un poids de 353 gr ; perforation centrale de 18 mm de dimanètre
Matière : terre partiellement cuite ; sédiment beige orangé à cœur gris, avec inclusions
Contexte : comblement d’un fond de cabane (structure? ? ? ? MAL981)
Datation : 6e - 1ère moitié 7e siècle
Réf. mobilier : MAL980/4, coll. bureau du patrimoine archéologique
Fouilles de l’Imprimerie Figaro, Tremblay-en-France (2008)
Photo Cristina Gonçalves-Buissart © Département de la Seine-Saint-Denis
Peson de tisserand MAL940/4, face 1 (Imprimerie du Figaro, Tremblay-en-France)
Peson plat de forme ovale, en terre brûlée, cassé en partie ; plus de la moitié est conservée.
Dimensions : long. max. 117 mm, larg. max. 68 mm, ép. max. 45 mm, pour un poids de 353 gr ; perforation centrale de 18 mm de dimanètre
Matière : terre partiellement cuite ; sédiment beige orangé à cœur gris, avec inclusions
Contexte : comblement d’un fond de cabane (structure? ? MAL981)
Datation : 6e - 1ère moitié 7e siècle
Réf. mobilier : MAL980/4, coll. bureau du patrimoine archéologique
Fouilles de l’Imprimerie Figaro, Tremblay-en-France (2008)
Photo Cristina Gonçalves-Buissart © Département de la Seine-Saint-Denis

Ressources en ligne

Fouille et reconstitution de la ferme mérovingienne du site de Goudelancourt-les-Pierrepont et du village mérovingien de Juvincourt-et-Damary, au musée des Temps barbares - parc archéologique de Marle.
Fouille et restitution d’une cabane à six poteaux à Bourlon
Quelques autres exemples de sites où ont été mises au jour des cabanes excavées : à Nogent-le-Roi, un atelier de tisserand ; dans la commune d’Hermies un habitat alto-médéval...
Pour une approche ethnoarchéologique de ce type de structures : Frédéric Épaud, « Approche ethnoarchéologique des charpentes à poteaux plantés : les loges d’Anjou-Touraine », Archéologie médiévale, 39, 2009, p. 121-160.

Bibliographie

FRERE S., HERON C. (dir.) (1998) – Tremblay-en-France, Château Bleu 93 33 073, DFS de sauvetage urgent. Bobigny, Département de la Seine-Saint-Denis, Conseil général / Saint-Denis, Service Régional de l’Archéologie d’Île-de-France, 1998, 144 p.
GONÇALVES-BUISSART C. (2012) - Rapport de fouille archéologique. Rue Jules-Guesde / rue du Cimetière, 93290 Tremblay-en-France, Seine-Saint-Denis. Bobigny - Paris : Conseil général de Seine-Saint-Denis, Direction de la culture, du patrimoine, du sport et des loisirs, Service du patrimoine culturel, Bureau du patrimoine Archéologique - DRAC Ile-de-France, Service Régional de l’Archéologie, 2012, 2 volumes (388 p. et 446 p.).
GONÇALVES-BUISSART C. et al. (2006) – Tremblay-en-France, Route départementale 40, 93 073 (Seine-Saint-Denis), Rapport préliminaire de fouille archéologique. Epinay-sur-Seine, Département de la Seine-Saint-Denis, Bureau du Patrimoine, Centre départemental d’archéologie, Saint-Denis, Service Régional de l’Archéologie d’Ile-de-France 2006.
GONÇALVES-BUISSART C. dir. (2006) – Drancy, rue Louis-Delplacé, rue de la Poterie, 93 029 (Seine-Saint-Denis), DFS de fouille préventive?. Epinay-sur-Seine, Département de la Seine-Saint-Denis, Centre d’archéologie ; Saint-Denis, Service Régional de l’Archéologie, 2001, 289 p.
NICE A. (1994) - L’habitat mérovingien de Goudelancourt-les-Pierrepont (Aisne). Aperçu provisoire d’une unité agricole et domestique des VIe et VIIe siècles. Revue Archéologique de Picardie, 1-2, 1994, p.21-64.
NORMAND F., GONÇALVES-BUISSART C. (2011) - Rapport final d’opération de fouilles archéologiques. Tremblay-en-France, « Imprimerie du Figaro », route de Roissy 93290 Seine-Saint-Denis. Bobigny - Paris : Conseil général de Seine-Saint-Denis, Direction de la culture, du patrimoine, du sport et des loisirs, Service du patrimoine culturel, Bureau de l’Archéologie - DRAC Ile-de-France, Service Régional de l’Archéologie, 2011, 290 p.
PEYTREMANN E. (2003) – Archéologie de l’habitat rural dans le nord de la France du VIe au XIIe siècle, Saint-Germain-en-Laye, AFAM.