Les cabanes excavées

17 juillet 2020 , par Cristina Gonçalves-Buissart

Modalités de construction

La cabane excavée s’apparente à un petit bâtiment, d’assez faible superficie (16 m2 pour les plus grandes comme à Serris ou l’Arpent Ferret, en Seine-et-Marne), creusé à une profondeur inférieure à 1 mètre. La forme peut être rectangulaire, ovale, circulaire ou carrée.
Le mode de construction est simple et relativement constant : après le creusement de la fosse principale, on vient creuser les trous de poteau qui vont permettre de recevoir les éléments verticaux formant l’ossature principale des murs et qui porteront la couverture. Ensuite, est aménagé le sol d’occupation, parfois avec un plancher qui assure le rôle de vide sanitaire. Les modes de construction les plus courants sont à deux poteaux axiaux (poteaux porteurs placés dans l’axe le plus long du bâtiment), ce qui est très fréquemment rencontré tout au long du haut Moyen Age, ou à quatre poteaux corniers (placés dans les angles du bâtiment).
Dans le premier cas, la présence de deux trous de poteaux axiaux comme seuls éléments de couverture, qui soutiennent une poutre faîtière, implique l’existence d’un toit à double pente reposant directement sur le sol, à l’extérieur de l’excavation. La profondeur de la cabane permet une optimisation de l’espace interne et une circulation debout, y compris le long des parois. Dans le cas d’une faible profondeur, on peut supposer l’existence de parois dont la construction n’aurait pas laissé de traces au sol.
Le modèle à quatre trous de poteaux corniers est doté d’une toiture à deux pans accrochés à une poutre faîtière et reposant, à l’extérieur de la fosse, soit sur une cloison, soit sur un solin? : dans le premier cas, la superficie de la construction se limite quasiment à celle de la fosse ; dans le second cas, la superficie intérieure peut-être augmentée par la substitution de banquettes aux murs latéraux (NICE 1994 : 37-38). L’arasement des sites ne permet toutefois pas d’étayer l’une ou l’autre des hypothèses. L’élévation est donc assez importante pour qu’un adulte de taille moyenne puisse s’y tenir debout.

  • Fond de cabane à poteaux axiaux VDS485 (RD 40, Tremblay-en-France)
    Cabane excavée à deux poteaux axiaux, mise au jour lors de la fouille de la RD 40 à Tremblay-en-France en 2004-2005.
    La structure? ? présente un trou de poteau axial au milieu de chacun des petits côtés. On remarque la présence de deux petites fosses parallèles à l’axe faîtier, légèrement décalées dans la partie sud, et d’une troisième dans la partie nord : il s’agit là des traces d’un métier à tisser.
    Référence structure : VDS485
    Dimensions : longueur 2,50 m, largeur 2,10 m, pour 0,60 m de profondeur conservée
    Datation : 4ème phase d’occupation du site, 11e siècle
    Photo Emmanuelle Jacquot © Département de la Seine-Saint-Denis
  • Fond de cabane à poteaux corniers DEL372 (rue Delplacé, Drancy)
    Cabane excavée à quatre poteaux corniers mise au jour lors de la fouille de la Rue Delplacé à Drancy en 1999 (vue vers le nord-est).
    Référence structure? ? : DEL372
    Dimensions : 2,10 m x 3,70 m, pour une profondeur conservée de 0,45 m
    Datation : époque mérovingienne (6e - 8e siècles)
    Photo Emmanuelle Jacquot © Département de la Seine-Saint-Denis

Certaines cabanes excavées sont dotées de davantage de poteaux : il s’agit d’une structure? à poteaux corniers auxquels on ajoute des poteaux axiaux ou médians, voire des poteaux supplémentaires de soutènement ou de renfort pour la toiture.
D’autres cabanes ne disposent pas de poteaux. Pour ces dernières, la toiture doit être restituée sous la forme d’une couverture à deux pans soutenus par des perches liaisonnées à leur partie supérieure et reposant directement sur le sol, à l’extérieur de la fosse.

Fig. Exemple de cabane excavée sans poteaux : la cabane GUE026 mise au jour lors de la fouille de la Rue Jules Guesde à Tremblay-en-France en 2010 (Cliché Cristina Gonçalves-Buissart).

Les parois sont clayonnées c’est-à-dire élaborées à partir de piquets et de branchages entrelacés, puis recouvertes de torchis, de la terre crue argileuse mélangée à de la paille. Cette technique de construction laisse peu de traces mais il n’est pas rare d’identifier en fouille des fragments de torchis sur lesquels on peut relever les diamètres de piquets utilisés. La couverture est sommaire et fréquemment en chaume. Ce mode de construction et les matériaux employés diffèrent peu de ce que l’on observe pour les bâtiments sur poteaux plantés de grande superficie.

Fig. Cabanes à deux et quatre poteaux - doc. La Ferme mérovingienne - Musée des Temps Barbares (www.museedestempsbarbares.fr).

Les aménagements

Les aménagements peuvent être nombreux mais leurs traces sont parfois ténues :
-  des accès, des marches et des ouvertures ;
-  des rainures : il s’agit de traces longitudinales étroites dont la disposition est très souvent située dans l’axe des poteaux faîtiers de la cabane. La fonction de ces aménagements est difficile à percevoir : sablière basse, cloison interne (cette hypothèse apparaît peu probable de par la taille des cabanes), drain (PEYTREMANN 2003 : 276) ;
-  des planchers, des vides sanitaires ;
-  des fours et des foyers ;
-  des fosses d’ancrage dont le nombre varie fréquemment de 1 à 4. Le type de cabane à deux fosses d’ancrage est le plus évident à restituer avec un métier à tisser
Les structures sans aménagement ne donnent pas d’information sur les activités qui y étaient pratiquées.

Fig. Proposition de restitution de la cabane excavée VDS465 à deux poteaux axiaux et deux fosses d’ancrage pour un métier à tisser (Del. Marie Deschamp) https://patrimoine.seinesaintdenis.....

Fig. Cabane excavée VDS2453 mise au jour lors de la fouille de la RD40 à Tremblay-en-France en 2004-2005. A gauche, on observe les trous de poteaux encore comblés (Cliché Cristina Gonçalves-Buissart), à droite, la structure entièrement dégagée (Cliché Emmanuelle Jacquot)https://patrimoine.seinesaintdenis.....

Fig. Proposition de restitution de la même cabane excavée VDS2453 avec trois fosses d’ancrage pour un métier à tisser (Del. Marie Deschamp) https://patrimoine.seinesaintdenis.....

Fonctions

Les aménagements nous donnent donc une idée des activités qui pouvaient être pratiquées dans ces cabanes excavées. L’orientation également : elle est souvent considérée de manière à réduire l’exposition au vent et aux intempéries, tout en favorisant le meilleur éclairage notamment pour les cas d’un travail de précision, comme le tissage.
Pour une grande partie des sites, les cabanes sont assez nombreuses autour des grands bâtiments et groupées à proximité des silos ( RENVOI FICHE) ou des structures domestiques de combustion (RENVOI FICHE) pour former vraisemblablement des unités à finalité utilitaire et artisanale : atelier, stockage...
L’étude des mobiliers? permet d’émettre des hypothèses quant à la fonction de ces cabanes. C’est notamment le cas avec les objets pouvant témoigner d’une activité comme le filage ou le tissage.
Des poinçons ou broches de tisserand en os poli sont utilisés pour séparer les fils de trame? et pour les tasser au fur et à mesure de l’avancement du travail ; le polissage permettait le glissement entre les trames sans les abîmer.

Fig. Poinçon en os animal CBL387/1, taillé dans un os long de grand mammifère, provenant du remblai d’un silo des 11e-12e siècles – Site du Château Bleu à Tremblay-en-France (Cliché Emmanuelle Jacquot).https://patrimoine.seinesaintdenis....

Fig. METTRE DESSIN NL BROCHE

On relève également d’autres objets comme les pesons, les fusaïoles ou des lissoirs.

Fig. 1/Peson MAL980/4 – Site de la Maladrerie à Tremblay-en-France (Cliché Cristina Gonçalves-Buissart).
2/Métier à tisser avec pesons - Tissage et archéologie à Goudelancourt-lès-Pierrepont- Musée des Temps Barbares.(www.museedestempsbarbares.fr).

Bibliographie

METTRE LES LIENS ATLAS - LAISSER LA POUR MEMOIRE
FRERE S., HERON C. (dir.) (1998) – Tremblay-en-France, Château Bleu 93 33 073, DFS de sauvetage urgent. Bobigny, Département de la Seine-Saint-Denis, Conseil général / Saint-Denis, Service Régional de l’Archéologie d’Île-de-France, 1998, 144 p.
GONÇALVES-BUISSART C. (2012) - Rapport de fouille archéologique. Rue Jules-Guesde / rue du Cimetière, 93290 Tremblay-en-France, Seine-Saint-Denis. Bobigny - Paris : Conseil général de Seine-Saint-Denis, Direction de la culture, du patrimoine, du sport et des loisirs, Service du patrimoine culturel, Bureau du patrimoine Archéologique - DRAC Ile-de-France, Service Régional de l’Archéologie, 2012, 2 volumes (388 p. et 446 p.).
GONÇALVES-BUISSART C. et al. (2006) – Tremblay-en-France, Route départementale 40, 93 073 (Seine-Saint-Denis), Rapport préliminaire de fouille archéologique. Epinay-sur-Seine, Département de la Seine-Saint-Denis, Bureau du Patrimoine, Centre départemental d’archéologie, Saint-Denis, Service Régional de l’Archéologie d’Ile-de-France 2006.
GONÇALVES-BUISSART C. dir. (2006) – Drancy, rue Louis-Delplacé, rue de la Poterie, 93 029 (Seine-Saint-Denis), DFS de fouille préventive?. Epinay-sur-Seine, Département de la Seine-Saint-Denis, Centre d’archéologie ; Saint-Denis, Service Régional de l’Archéologie, 2001, 289 p.
NICE A. (1994) - L’habitat mérovingien de Goudelancourt-les-Pierrepont (Aisne). Aperçu provisoire d’une unité agricole et domestique des VIe et VIIe siècles. Revue Archéologique de Picardie, 1-2, 1994, p.21-64.
NORMAND F., GONÇALVES-BUISSART C. (2011) - Rapport final d’opération de fouilles archéologiques. Tremblay-en-France, « Imprimerie du Figaro », route de Roissy 93290 Seine-Saint-Denis. Bobigny - Paris : Conseil général de Seine-Saint-Denis, Direction de la culture, du patrimoine, du sport et des loisirs, Service du patrimoine culturel, Bureau de l’Archéologie - DRAC Ile-de-France, Service Régional de l’Archéologie, 2011, 290 p.
PEYTREMANN E. (2003) – Archéologie de l’habitat rural dans le nord de la France du VIe au XIIe siècle, Saint-Germain-en-Laye, AFAM.