Les silos

Les silos

18 juin 2020 , par Cristina Gonçalves-Buissart

Des structures de stockage enterrées

Les silos sont des structures enterrées qui constituent le mode principal de stockage des grains. Ils apparaissent à l’Âge du Bronze mais connaissent une désaffection dès La Tène finale pour revenir en usage au premier Moyen Âge.

Aménagement des silos

Coupe du silo SER428 (Rue de Chalmassy, Tremblay-en-France)
DAO © Frédéric Herbin / BPA / Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis

Ces structures sont creusées dans des terrains secs et imperméables, à bonne distance de la nappe phréatique et dans un substrat? qui doit assurer une bonne cohésion de la structure? ; ce substrat doit être de compacité moyenne en surface afin de faciliter le creusement puis d’une compacité plus importante pour les niveaux inférieurs. Il semble néanmoins nécessaire que le niveau supérieur soit suffisamment compact de telle sorte à éviter que les bords du goulot ne soient fragilisés rapidement notamment par le passage des fouisseurs.
Quand le silo est creusé quand une couche de moyenne compacité, comme les niveaux limono-sableux fréquents en Ile-de-France, il apparaît nécessaire de consolider les parois. Cette consolidation peut prendre la forme d’un enduit ou d’un torchis.
Au fond, on découvre parfois une couche charbonneuse ayant pour fonction d’assainir la structure. Quelques exemples présentent des parois rubéfiées pour assécher la structure ou supprimer les parasites. Il peut exister des rigoles autour de l’ouverture du silo afin de drainer les eaux.

La plupart des silos sont facilement identifiables à leur profil caractéristique en forme de poire (profil piriforme).

Leur taille est proportionnelle à la quantité de grains que l’on souhaite y entreposer. Cependant, il convient de constater que plus les silos sont grands plus ils demandent d’investissement humain et plus les pertes de céréales germées sur les bords sont considérables ; d’autre part quand ils sont ouverts, l’oxygène entre et abîme rapidement le stockage. Les différences de taille s’expliquent probablement par la nature des grains entreposés, par une gestion différente des stocks. Les silos de taille moyenne pourraient être destinés à stockage individuel pour la maisonnée, contrairement aux silos de grand volume qui pourraient avoir un usage collectif.

Fonctionnement

Les grains sont stockés dans les silos après battage et vannage de la récolte.

Calendrier des travaux agricoles (détail) : le battage
Les travaux agricoles du mois d’août, détail du "Calendrier des douze mois de l’année, avec travaux de champs". Enluminure du XVe siècle illustrant le Rustican, un traité agronomique écrit par l’italien Pietro de Crescenzi en 1306 ; il fut traduit en français en 1373 à la demande du roi Charles V et resta en circulation durant près de 200 ans.
Cette miniature est extraite d’un exemplaire conservé au Musée de Condé - Ms340-folio303-verso
Photo © RMN-Grand Palais (domaine de Chantilly) / René-Gabriel Ojéda

Généralement, les silos étaient remplis en trois tiers avec foulage aux pieds à chaque fois ; on ajoutait ensuite de la paille au niveau du goulot et l’on disposait une pierre ou un bouchon en bois ou en argile pour la fermeture. Ce système empêchait l’intrusion de l’air et permettait la conservation des grains qui y étaient entreposés jusqu’à la récolte suivante tout en conservant également leurs propriétés germinatives avec de faibles pertes au contact des parois. La plupart des ouvertures sont suffisamment larges pour permettre le passage d’un homme. Une bonne étanchéité? de leur fermeture autorise une conservation de la récolte sur une ou plusieurs années à l’abri des insectes et des moisissures (Pesez 1991 : 151).

Le vidage se faisait à la main ou par un système de poulie.

Utiliser ce type de structure en creux pour la conservation des grains offre de nombreux avantages :
- cela permet de stocker une grande quantité de grains dans un espace réduit ;
- cela engendre peu de dépenses ;
- il s’agit d’une protection efficace contre les insectes et les rongeurs.

Implantation au sein des habitats

De manière générale, on constate que les silos sont implantés en fonction du substrat, plutôt limoneux ; les zones sableuses sont donc dépourvues de silos. Les points hauts des sites sont également privilégiés afin d’assurer une meilleure conservation des creusements et de limiter les risques d’humidité. Témoins de la vie économique d’un lieu, les silos sont souvent associés aux cabanes excavées et se trouvent non loin de fours domestiques. Comme ces derniers, ils peuvent être isolés, mais plus fréquemment regroupés voire constituer une aire d’ensilage.

Vu partielle de l’aire d’ensilage (RD 40, Tremblay-en-France)
Vu partielle de l’aire d’ensilage, située dans la partie est de la surface décapée ; elle comprend au total 15 silos, répartis sur 130 m2. Elle appartient à la 4e phase d’occupation du site : XIe - XII siècle.
Photo Emmanuelle Jacquot © Département de la Seine-Saint-Denis

Témoins des activités agricoles

Les silos constituent un indice d’activité agricole mais il n’est pas toujours aisé d’identifier les grains entreposés ; en effet, les comblements attestent essentiellement des rejets, témoins d’un éventail d’activités en lien avec la sphère domestique, mais concernant la seconde vie de la structure. Lorsque des graines sont encore présentes dans les sédiments au fond du silo, une étude carpologique permet de les identifier et de connaître les céréales stockées.

Ressources

Pour en apprendre davantage sur l’archéologie des silos... ou pour préparer les cours

Une synthèse simple et illustrée par l’Inrap : Expérimentation archéologique. Mettre des grains sous terre...Une méthode ancestrale de conservation.

Expérimentation archéologique d’ensilage souterrain préindustriel : un carnet en ligne assez technique, très complet, racontant une expérimentation archéologique des techniques d’ensilage médiéval menée dans le Languedoc.

Bibliographie scientifique

GAST M., SIGAUT F., BEUTLER C. et BUCHSENSCHUTZ O. dir.,1985 - Les techniques de conservation des grains à long terme. Leur rôle dans la dynamique des systèmes de cultures et des sociétés, 2 vol. : 3.1 et 3.2, Paris, éditions du CNRS, 610 p.
GAST M. et SIGAUT F. dir., 1979 - Les techniques de conservation des grains à long terme. Leur rôle dans la dynamique des systèmes de culture et des sociétés 1, Paris, éditions du CNRS, 232 p.
PESEZ J.-M., 1991 - « Outils et techniques agricoles du monde médiéval » dans Pour une archéologie agraire, Guilaine J. dir., Paris, 1991, p.131-164.