Places publiques du centre-ville de Saint-Denis

Places publiques du centre-ville de Saint-Denis

Place Victor Hugo ; Place de la Légion d’Honneur ; Place Jean Jaurès

par Sébastien Radouan

Les espaces aux abords de l’abbaye de Saint-Denis ont évolué au cours de l’histoire. La place Victor Hugo, qui correspond au Moyen Age à la place Panetière, est au cœur du réseau urbain, dans l’axe de la rue de la République qui relie, depuis les origines de la cité, la basilique au sanctuaire de Saint-Denis de l’Estrée. Elle s’articule avec la place Jean Jaurès, aménagée au XIXe siècle, après la démolition des loges qui, disposées en rues, accueillaient les foires de Saint-Denis et, après 1556, du Lendit [6].
La reconstruction du monastère au XVIIIe siècle entraîne l’aménagement en place de la rue qui desservait le portail d’entrée. Ces bâtiments abritent, depuis 1809, la maison d’éducation de la Légion d’Honneur. Un îlot sépare la place de la Légion d’Honneur de la place Victor Hugo, qui sont l’objet, au XIXe siècle, d’un premier projet de régularisation des ingénieurs des Ponts et Chaussées, puis d’un second qui pourrait être de Viollet-le-Duc [7]. Le percement de la rue de la Légion d’Honneur en 1842 offre à ces places un accès supplémentaire, plus direct, à la porte de Paris.
L’insalubrité dans le centre de Saint-Denis est avérée depuis le XIXe siècle. En 1935, la municipalité envisage, dans le cadre de son projet d’embellissement et d’extension, un remodelage des îlots autour des places. La démolition de l’îlot dit de la Légion d’Honneur, ce qui étend au sud la place Victor Hugo, est prévue en totalité dans le plan? d’aménagement communal de 1954 et la démolition de l’îlot Sauvage, dans son prolongement à l’ouest, est confirmée.

À la suite de la ZAC de rénovation du secteur Basilique, l’architecte en charge de la coordination et des espaces libres, Guy Naizot, se voit confier la restructuration du secteur Boulangerie en 1982. Il propose de reconstruire les îlots Sauvage et de la Légion d’honneur pour retrouver la densité de la ville ancienne, qui a l’avantage de ménager des vues partielles sur la basilique. La direction régionale de l’Architecture et de l’Environnement (DRAE) et le ministre de la Culture, Jack Lang, demandent à l’architecte en chef des Monuments historiques, Dominique Moufle, une contre-expertise pour l’aménagement des espaces aux abords de la Basilique. Ce dernier confirme la densification avancée par Guy Naizot, en proposant toutefois une réimplantation des îlots plus fidèle à la configuration du tracé médiéval. Dans cet esprit, il ajoute un immeuble dans le prolongement de la rue de la République pour retrouver la morphologie de la place Panetière.
Guy Naizot fait peu de cas de cette dernière recommandation. Pour la place Jean Jaurès, il propose une grande place rectangulaire afin de retrouver « l’espace initial qui a donné sa physionomie au cœur de Saint-Denis ». En affirmant la régularité du tracé géométrique, il infléchit la morphologie du tracé médiéval pour « constituer une vraie place », c’est-à-dire un espace urbain à part entière, avec sa propre logique. Ce rectangle crée une avancée sur la rue de la République qui ne convient pas au service d’urbanisme municipal, partisan d’un espace moins rigide et anguleux, s’accordant mieux au tracé de la voirie, qui dessert le marché trois fois par semaine. En 1987, Guy Naizot réalise la place selon ses plans côté rue de la République tandis que de l’autre côté, elle suit le tracé de la voirie, sa régularité étant soulignée par les six rangées d’arbres qui la traversent.
En 1990, alors que la rénovation des abords est en cours d’achèvement, la direction municipale de l’Urbanisme demande à l’architecte Jean-Pierre Cornuet d’approfondir son étude pour le fonctionnement et les grandes orientations des places dans l’entourage de la basilique. Cette étude se concentre sur la place Victor Hugo et son prolongement au sud, jusqu’à l’entrée de l’ancien monastère, pour « fédérer » les lieux publics. Jean-Pierre Cornuet tient à développer une solution « dans le respect de l’esprit de l’histoire ». La recommandation de l’ABF, Branislav Brankovic, est de retrouver le niveau du sol originel du narthex de la basilique, datant du XIIe siècle, ce qui aurait pour effet de décaisser d’un mètre soixante-huit le parvis? par rapport au niveau actuel de la place. C’est une orientation à suivre pour l’architecte, qui évoque une solution de Viollet-le-Duc, que la commission des Monuments historiques aurait refusée en 1860. Craignant de trop longs débats, il propose déjà de supprimer le parvis du XIXe siècle, haut de cinquante-huit centimètres. Il identifie aussi un certain nombre de séquences visuelles qui, tout en justifiant la démolition de l’îlot de la Légion d’Honneur, ne remettraient pas en cause son assise, nécessaire à la compréhension des abords de l’abbaye. Il prévoit ainsi de terrasser le dénivelé entre la rue de la Légion d’honneur et la rue de la boulangerie, dont la différence de niveau serait soulignée par le mobilier urbain, sous la forme de parapets. Dans l’axe de la basilique, il envisage aussi une enfilade d’arbres le long de l’hôtel de ville et de son extension pour cadrer la façade occidentale du monument. L’archéologue municipal, Olivier Meyer, regrettant de ne pas avoir été associé à la démarche, critique sévèrement cette approche qu’il estime être indifférente à l’histoire du site : « Il est préférable, d’un point de vue tant esthétique que proprement urbain, de recomposer un cadre bâti à l’échelle? de son environnement monumental, de retrouver la notion de place, c’est-à-dire tout autre chose qu’une vacuité urbaine, qu’un espace résiduel hérité des aléas de démolitions successives » [8]. Cette conception des abords, qui propose de redonner un cadre urbain à la basilique, en distinguant notamment chacune des places, convainc la direction municipale de l’Urbanisme, qui décide de confier une nouvelle étude à l’architecte Pierre Riboulet, déjà en charge de l’aménagement du jardin Pierre de Montreuil au nord du monument. L’architecte cherche à retrouver la configuration de la place Panetière en prévoyant la construction de nouveaux immeubles : l’un est disposé de biais, à la jonction de la place Jean Jaurès, et l’autre resserre la façade occidentale, recréant ainsi une petite place devant l’entrée de la maison d’éducation de la Légion d’honneur. Ces bâtiments recréent des intérieurs dans la ville, en intégrant la basilique et l’ancien monastère dans le tissu rénové. La place Victor Hugo, prévue en granit, contribue à créer une ambiance médiévale, dans cet espace réservé aux piétons [9]. L’intervention de Pierre Riboulet est finalement très limitée. Les reconstructions ne sont pas réalisées au profit, en particulier, de la circulation automobile, alors que la piétonisation de la rue de la République en 1983 est rejetée par de nombreux commerçants. Un terre-plein central est réalisé dans l’axe de la basilique, tandis qu’un square prolonge la place jusqu’à l’entrée de la maison d’éducation de la Légion d’honneur, près de laquelle est provisoirement installé le kiosque de l’office de tourisme. Pierre Riboulet ne réussit pas non plus à faire aboutir son projet pour le jardin Pierre de Montreuil et réalise le pavement de l’allée des six chapelles en dehors. L’architecte de l’extension de l’hôtel de ville, Henri Gaudin, décide en outre de dissimuler la façade de son bâtiment place Victor Hugo en y implantant une rangée d’arbres. Ce parti général dilate l’espace public aux abords de la basilique, en renonçant, notamment, à l’architecture contemporaine. Il remet en cause les principes mêmes qui ont guidé la rénovation de la ZAC? basilique.
En 2005, Franco Zagari, en charge de redessiner le « système des places » aux abords de la basilique, confirme cette approche dans le cadre de la piétonisation de l’hyper centre-ville [10]. L’architecte italien a notamment réaménagé en 1998 la place Montecitorio où domine, en plein centre de Rome, le palais baroque du même nom, chambre des députés de l’Italie depuis 1870. L’architecte opte à Saint-Denis pour une articulation ouverte des places, en misant sur le traitement des sols et le mobilier urbain, discrets, pour en garantir l’homogénéité sans altérer la présence de la basilique et de la mairie. Cet aménagement marque un retour aux fondements de la doctrine des MH où le monument est présenté comme apothéose et non plus en relation étroite avec la ville. Le caractère minéral des places Victor Hugo et Jean Jaurès s’oppose au square végétalisé du côté de la maison d’éducation de la Légion d’honneur. Des effets sont recherchés à travers le pavement, notamment pour la place Jean Jaurès, qui accueille une partie du marché forain, dont le dessin reprend celui des loges des foires historiques de Saint-Denis. C’est aussi un travail sur la matérialité du granit qui recouvre et unifie les deux places. La place Victor Hugo accueille différents types de manifestations, avec la basilique en toile de fond, comme un décor. Le caractère public des espaces, obtenu par la piétonisation, entraîne la disparition de la ville médiévale au profit de l’agora grecque.

Date de construction
1987-2009
Organisme
Service du patrimoine culturel de la Seine-Saint-Denis
Date de rédaction
2019
Date de découverte ou d'enquête
2016
Auteur
Guy Naizot ; Jean-Pierre Cornuet ; Pierre Riboulet ; Franco Zagari
Qualification de datation
aménagements et réaménagements

Illustrations

SAINT-DENIS ; PLACES PUBLIQUES - PLAN DE MASSE DU PROJET

Extrait de : ZAGARI Franco, « Paysage et dessin urbain », L’ARCA internationale, n°89, (…)
N° 1033910 - jpg - 2529 × 3180 pixels Détails
Crédits Photo Sébastien Radouan © Département de la Seine-Saint-Denis
Dimensions 2529 × 3180 pixels
Résolution 8.0 Mpx
Poids 1.8 Mio
Date 24 février 2023
Fichier extrait_de_l_arca_international_page_77_franco_zagari_plan_de_masse_du_projet_2005.jpg

SAINT-DENIS ; PLACES PUBLIQUES - PROJET DE JEAN-PIERRE CORNUET D’AMÉNAGEMENT ET DE FÉDÉRATION DES LIEUX PUBLICS EXTÉRIEURS AUX ABORDS DE LA BASILIQUE 1

AMSD 477 W 27
N° 1033911 - jpg - 2736 × 3648 pixels Détails
Crédits Photo Sébastien Radouan © Département de la Seine-Saint-Denis
Dimensions 2736 × 3648 pixels
Résolution 10.0 Mpx
Poids 2 Mio
Date 24 février 2023
Fichier amsd_477_w_27jean_pierre_cornuet_projet_docoame_unagement_et_de_fe_ude_uration_des_lieux_publics_exte_urieurs_aux_abords_de_la_basilique_sd_1.jpg

SAINT-DENIS ; PLACES PUBLIQUES - PROJET DE JEAN-PIERRE CORNUET D’AMÉNAGEMENT ET DE FÉDÉRATION DES LIEUX PUBLICS EXTÉRIEURS AUX ABORDS DE LA BASILIQUE 2

AMSD 477 W 27
N° 1033917 - jpg - 3648 × 2736 pixels Détails
Crédits Photo Sébastien Radouan © Département de la Seine-Saint-Denis
Dimensions 3648 × 2736 pixels
Résolution 10.0 Mpx
Poids 2.2 Mio
Date 24 février 2023
Fichier amsd_477_w_27_jean_pierre_cornuet_projet_docoame_unagement_et_de_fe_ude_uration_des_lieux_publics_exte_urieurs_aux_abords_de_la_basilique_sd_2.jpg

SAINT-DENIS ; PLACES PUBLIQUES - PROJET DE JEAN-PIERRE CORNUET D’AMÉNAGEMENT ET DE FÉDÉRATION DES LIEUX PUBLICS EXTÉRIEURS AUX ABORDS DE LA BASILIQUE 3

AMSD 477 W 27
N° 1033918 - jpg - 2736 × 3648 pixels Détails
Crédits Photo Sébastien Radouan © Département de la Seine-Saint-Denis
Dimensions 2736 × 3648 pixels
Résolution 10.0 Mpx
Poids 2.4 Mio
Date 24 février 2023
Fichier amsd_477_w_27_jean_pierre_cornuet_projet_docoame_unagement_et_de_fe_ude_uration_des_lieux_publics_exte_urieurs_aux_abords_de_la_basilique_sd_3.jpg

SAINT-DENIS ; PLACES PUBLIQUES - PROPOSITION DE DOMINIQUE MOUFLE ET RÉMY DE SÈZE DE MISE EN VALEUR DES ÎLOTS HAGUETTE ET BOULANGERIE

MAP 97_44_3
N° 1033912 - jpg - 3648 × 2736 pixels Détails
Crédits Photo Sébastien Radouan © Département de la Seine-Saint-Denis
Dimensions 3648 × 2736 pixels
Résolution 10.0 Mpx
Poids 2.3 Mio
Date 24 février 2023
Fichier map_97_44_3__dominique_moufle_et_re_umy_se_cze_abords_de_la_basilique_proposition_de_mise_en_valeur_ilots_haguette_et_boulangerie_18_10_1983.jpg

SAINT-DENIS ; PLACES PUBLIQUES - ÉTUDE DES ESPACES LIBRES PAR GUY NAIZOT ET EVA SAMUEL

MAP 2002_17 140
N° 1033913 - jpg - 2736 × 3648 pixels Détails
Crédits Photo Sébastien Radouan © Département de la Seine-Saint-Denis
Dimensions 2736 × 3648 pixels
Résolution 10.0 Mpx
Poids 3.4 Mio
Date 24 février 2023
Fichier map_2002_17_140_guy_naizot_et_eva_samuel_e_utude_des_espaces_libres_26_09_1982.jpg

SAINT-DENIS ; PLACES PUBLIQUES - PIERRE RIBOULET, AMÉNAGEMENT DE LA PLACE VICTOR HUGO

SIAF CAPA 374 IFA 137-138
N° 1033914 - jpg - 3648 × 2736 pixels Détails
Crédits Photo Sébastien Radouan © Département de la Seine-Saint-Denis
Dimensions 3648 × 2736 pixels
Résolution 10.0 Mpx
Poids 2.2 Mio
Date 24 février 2023
Fichier siaf_capa_374_ifa_137-138_pierre_riboulet_amenagement_de_la_place_victor_hugo_aps_amenagement_des_zones_a_et_b_09_03_1994.jpg

SAINT-DENIS ; PLACES PUBLIQUES - PIERRE RIBOULET, ÉTUDE DE L’ENSEMBLE DES ABORDS DE LA BASILIQUE

SIAF CAPA 374 IFA 137-138
N° 1033915 - jpg - 3648 × 2736 pixels Détails
Crédits Photo Sébastien Radouan © Département de la Seine-Saint-Denis
Dimensions 3648 × 2736 pixels
Résolution 10.0 Mpx
Poids 1.6 Mio
Date 24 février 2023
Fichier siaf_capa_374_ifa_137-138_pierre_riboulet_etude_de_l_ensemble_des_abords_de_la_basilique_25_08_1992.jpg

SAINT-DENIS ; PLACES PUBLIQUES - PIERRE RIBOULET, PARVIS

SIAF CAPA 374 IFA 137-138
N° 1033916 - jpg - 3648 × 2736 pixels Détails
Crédits Photo Sébastien Radouan © Département de la Seine-Saint-Denis
Dimensions 3648 × 2736 pixels
Résolution 10.0 Mpx
Poids 2.2 Mio
Date 24 février 2023
Fichier siaf_capa_374_ifa_137-138_pierre_riboulet_saint-denis_parvis_16_06_1992.jpg

SAINT-DENIS ; PLACES PUBLIQUES - Vue aérienne 1

N° 1034835 - jpg - 2518 × 3072 pixels Détails
Crédits © EPT Plaine Commune
Dimensions 2518 × 3072 pixels
Résolution 7.7 Mpx
Poids 7.2 Mio
Date 20 décembre 2023
Fichier photo_001.jpg

SAINT-DENIS ; PLACES PUBLIQUES - Vue aérienne 2

N° 1034836 - jpg - 768 × 610 pixels Détails
Crédits © EPT Plaine Commune
Dimensions 768 × 610 pixels
Résolution 0.5 Mpx
Poids 562.6 kio
Date 20 décembre 2023
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Type d’étude et de recherche
Localisation
Chronologies
Dénomination