Usine de construction électrique de la Compagnie française Thomson-Houston ; société générale de constructions électriques et mécaniques ; Alsthom

Compagnie française Thomson-Houston ; société générale de constructions électriques et mécaniques ; Alsthom

En octobre 1917, la Compagnie Française Thomson-Houston (CFTH) achète un terrain de 26 ha à la société d’encouragement hippique. Toutes les constructions en lien avec l’hippodrome furent détruites pour laisser place aux bâtiments industriels. Idéalement desservi par la ligne de chemin de fer du Nord dite « des Docks » et par la Seine, le terrain fut rapidement construit.
Dès 1921, deux grandes halles métalliques de 65 mètres de larges sur 200 mètres de long, dites « Moisant » et « MAN », sont construites pour la fabrication « des transformateurs, de l’appareillage? haute et
moyenne tension et différents autres appareils électriques ». A côté de ces deux ateliers s’élèvent
magasins, réfectoire, stockage, atelier d’entretien ainsi qu’un bâtiment administratif massif aligné sur la rue des Bateliers. Ce parallélépipède sur cinq niveaux possède une façade rythmée par des travées régulières comportant chacune deux ouvertures. Il est couronné en son centre par un fronton marqué des initiales de l’entreprise « CFTH ». La structure? de béton légèrement saillante est hourdie de briques recouvertes d’enduit de ciment dont le dessin peut rappeler la pierre. Ce soin apporté
aux façades se retrouve sur presque tous les bâtiments du site, créant un ensemble de qualité très homogène. Ainsi les deux grands ateliers métalliques sont dissimulés par des halles transversales aux façades-enveloppes qui reprennent la composition du bâtiment administratif de deux ouvertures par travées, les structures saillantes formant un rythme de pilastres et le crénelage apparent
sur le toit.
Une première fusion en 1928 avec l’Union Alsacienne de Construction Mécanique puis
une seconde en 1932 avec les Constructions Électriques de France donnent naissance à la Société Générale de Constructions Électriques et Mécaniques Als-Thom. Aux premières fabrications de
transformateurs et générateurs viennent s’adjoindre des compétences industrielles en matière de traction électrique et de matériel hydraulique. La nouvelle société fournit les centrales thermiques et hydrauliques des compagnies de production d’électricité, mais également du matériel ferroviaire
notamment des voitures motrices électriques.
Des extensions de bâtiments et de nouvelles constructions furent réalisées sur le site pour répondre aux objectifs de l’Alsthom. Entre 1928 et 1931 furent ainsi construits un atelier de chaudronnerie et de tôlerie, un atelier de traction, un bâtiment d’expédition et stockage et un pont roulant de 150 t. avec une cabine d’essai de
850 000 v. Parallèlement à ces constructions liées à l’évolution de la production, toute la partie nord du site a été mise « gracieusement à la disposition du personnel de l’usine pour y établir des jardins potagers » ainsi que « des jeux de plein air, tennis, football (…) installés par des groupements
sportifs d’employés et d’ouvriers […] ». La dynamique productive de cette grande entreprise, qui possédait deux autres sites dans la région parisienne, s’est accompagnée d’une politique patronale assez volontariste envers ses salariés, dont l’effectif s’élevait à près de 2200 en 1930 sur le seul site de Saint-Ouen.
Durant la Seconde Guerre mondiale, le site de Saint-Ouen fut transformé en ateliers de réparation de chars et de fabrication de tubes pour lance-torpilles avant d’être occupé par la firme allemande AEG qui y fit poursuivre une activité normale. Si l’immédiat après-guerre est marqué par une réduction des effectifs, dès 1947 la production retrouve son niveau de 1938. Cette productivité accrue, liée à la croissance généralisée de la période de la Reconstruction, se traduit par de nombreuses campagnes de constructions. Entre 1947 et 1951, un bâtiment de sablage et un poste d’hydrogène sont construits et des extensions sont réalisées sur l’atelier d’entretien, le hall transversal de l’atelier de chaudronnerie, la cantine et le magasin à cuivre. Tous ces travaux sont réalisés par le service architecture de la compagnie, dirigé à l’époque par Daniel Givaudan. Dans le soucis de respecter l’homogénéité architecturale du lieu, les nouvelles constructions reprennent les formes, les décors et les matériaux des premières.
Ce parti-pris architectural se retrouve également en 1955 lors de la construction de l’atelier de grands montages réalisé sur les plans de Daniel
Givaudan. Ce nouveau bâtiment s’inscrit dans le programme? de modernisation des équipements qui se révélaient insuffisants pour exécuter les unités les plus puissantes commandées par EDF. Ainsi les années 1950 sont une période faste pour l’entreprise dont l’effectif atteint 3000 salariés. Mais rapidement la donne se modifie avec l’arrivée à la direction générale de M. Glasser qui introduit de nouvelles méthodes de management. Si le niveau de production sur le site de Saint-Ouen paraît constant voire progresse avec l’apparition d’un service d’étude nucléaire, l’effectif diminue de près du tiers, passant de 2950 salariés en 1950 à 1914 dix ans plus tard.
Les chantiers se font plus rares au début des années 1960, construction d’un laboratoire d’essai pour le service d’étude nucléaire en 1959, extensions du bâtiment administratif et de l’atelier de chaudronnerie entre 1961et 1963. Jacques
Hervet qui a succédé à Daniel Givaudan dans ses fonctions d’architecte de l’entreprise, maintient le style architectural propre à la compagnie.
La fusion d’Alsthom avec la Compagnie Générale d’Electricité modifie durablement l’organisation de l’entreprise et entraîne une transformation majeure du site. Divisé en trois branches d’activités distinctes, le secteur de la fabrication de
transformateur, appelé Alsthom-savoisienne, est réparti sur les sites de Saint-Ouen et d’Aix. Saint-Ouen qui accueille le siège se voit également confier la fabrication des appareils les plus puissants, au-delà de 200 000 kva. Cette spécialisation du site engendre la création d’équipements adaptés, dont un laboratoire d’essais diélectriques à très haute tension, construit par Hervet en 1969.
Les fusions successives d’Alsthom avec les chantiers d’Atlantique et la Compagnie électromécanique apportent des commandes supplémentaires mais n’ont que peu de répercussions sur l’équipement du site de Saint-Ouen. Elles entraînent surtout une chute de l’effectif à 1258 salariés entre 1965 et 1980. Les années 1980 sont marquées par la nationalisation du groupe et son investissement dans le marché européen par la fusion avec le groupe britannique GEC. Ce rapprochement se solde par un recentrage des activités par corps de métiers entre 1995 et 1996. Cette nouvelle organisation a joué un rôle prépondérant dans la disparition des chaudronniers, amorçant le déclin du site de Saint-Ouen. Les magasins situés à l’est du site sont démolis pour laisser place au nouveau siège du secteur ferroviaire du groupe. Depuis lors, le groupe Alstom traverse une grande période de troubles qui laisse planer de lourdes incertitudes quant à l’avenir du site de Saint-Ouen.
Le site Alsthom de Saint-Ouen représente le dernier témoin de l’histoire de la Compagnie Française Thomson Houston depuis la démolition des sites de Colombes et de Paris. Il symbolise également un pan de la mémoire et du savoir-faire industriel et ouvrier audonien. Par ailleurs, la lecture de l’évolution et des mutations de son activité permet de retracer toute l’histoire de la politique énergétique française. Au-delà de cet intérêt historique, ce site dont la majorité des bâtiments ont conservé leur morphologie d’origine, possède également un véritable intérêt architectural.

Date de construction
1921
Organisme
service du patrimoine culturel de la Seine-Saint-Denis
Date de rédaction
01/08/2005
Code site
070inv021
Date de découverte ou d'enquête
01/08/2005
Source
inventaire départemental
Précision dénomination
fabrication de transformateurs
Auteur
Givaudan Daniel (architecte) ; Hervet Jacques (architecte)
Qualification de datation
campagne(s) de construction
Lieu-dit ou quartier
les Docks
Parties constituantes
atelier de fabrication ; entrepôt ; bâtiment administratif ; bureau d'études ; aire de stockage du combustible ; cantine ; vestiaire d'usine ; école d'apprentissage ; jardins ouvriers ; stade
Zonages POS ou PLU
UI a
Diagnostic
Très bon état de conservation.

Illustrations

compagnie française Thomson-Hauston ; société générale de constructions électriques et mécaniques ; Alsthom - Saint-Ouen

N° 6970 - jpg - 600 × 450 pixels Détails
Crédits Photo Antoine Furio © Département de la Seine-Saint-Denis
Dimensions 600 × 450 pixels
Résolution 0.3 Mpx
Poids 9.8 ko
Date 31 mai 2006
Fichier 6970_pleinecran.jpg

compagnie française Thomson-Hauston ; société générale de constructions électriques et mécaniques ; Alsthom - Saint-Ouen

N° 6971 - jpg - 600 × 450 pixels Détails
Crédits Photo Antoine Furio © Département de la Seine-Saint-Denis
Dimensions 600 × 450 pixels
Résolution 0.3 Mpx
Poids 9.8 ko
Date 31 mai 2006
Fichier 6971_pleinecran.jpg

compagnie française Thomson-Hauston ; société générale de constructions électriques et mécaniques ; Alsthom - Saint-Ouen

N° 6972 - jpg - 600 × 450 pixels Détails
Crédits Photo Antoine Furio © Département de la Seine-Saint-Denis
Dimensions 600 × 450 pixels
Résolution 0.3 Mpx
Poids 9.8 ko
Date 31 mai 2006
Fichier 6972_pleinecran.jpg

compagnie française Thomson-Hauston ; société générale de constructions électriques et mécaniques ; Alsthom - Saint-Ouen

N° 6973 - jpg - 600 × 450 pixels Détails
Crédits Photo Antoine Furio © Département de la Seine-Saint-Denis
Dimensions 600 × 450 pixels
Résolution 0.3 Mpx
Poids 9.8 ko
Date 31 mai 2006
Fichier 6973_pleinecran.jpg
Type d’étude et de recherche

Localisation
  • 33 rue des Bateliers

Chronologies

Notices liées

Notices liées